Le 20 juillet 2026, Charles Kushner a publié deux photographies de sa rencontre avec Sarah Knafo. L’ambassadeur américain écrit avoir discuté de « nombreux sujets importants », allant du « soutien à la communauté juive française » aux « défis et opportunités économiques pour la France et l’Union européenne ». Drapeaux bien placés, fauteuils impeccables, sourires réglementaires : la diplomatie sait recevoir.
Le détail qui accroche est ailleurs. Sarah Knafo se présente volontiers comme une élue attachée aux Français avant tout. Pourtant, la communication rendue publique ne parle pas de la communauté nationale dans son ensemble. Elle désigne la communauté juive, puis passe directement à l’économie. Les catholiques français, régulièrement invités dans les discours de Reconquête quand il faut parler de civilisation, n’ont manifestement pas obtenu de créneau dans l’agenda.
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Les juifs français sont français… et les autres ?
Précisons une chose simple : les juifs de France sont Français, sans astérisque et sans permission à demander. Le problème est politique : pourquoi la seule communication publique disponible choisit-elle un cadrage aussi ciblé, alors que Sarah Knafo promet de parler au nom de tous ? La « France d’abord » devient soudain la France par compartiments, avec accueil personnalisé selon le sujet du jour.
Charles Kushner, ambassadeur des États-Unis auprès de la France et de Monaco, défend les priorités américaines. Rien de mystérieux. C’est même son métier. La vraie curiosité concerne Sarah Knafo : députée européenne Reconquête, elle devrait pouvoir expliquer ce que cette rencontre apporte concrètement aux citoyens français qu’elle dit représenter. Pour l’instant, le communiqué tient en une photo, une formule communautaire et quelques généralités économiques. Le service après-vente patriotique viendra peut-être plus tard.
Reconquête, Israël et le silence sur Gaza
Cette rencontre ne tombe pas dans un vide politique. Éric Zemmour et son parti défendent depuis longtemps une ligne très favorable à Israël. En juin 2025, le président de Reconquête déclarait encore que « le monde arabe n’acceptera jamais l’existence d’un État d’Israël », présentant le conflit comme une confrontation durable et presque inévitable.
Dans le même temps, la situation palestinienne reste dramatique. Le rapport humanitaire de l’ONU publié le 16 juillet 2026 décrit à Gaza des opérations militaires toujours en cours, de nouveaux déplacements et un accès réduit à la nourriture, à l’eau, aux soins et aux abris. On peut condamner le Hamas, défendre la sécurité des Israéliens et refuser que les civils palestiniens soient traités comme une note de bas de page. Cette nuance élémentaire semble pourtant coûter très cher dans certains bureaux de Reconquête.
L’ironie devient plus lourde quand on se souvient que Sarah Knafo est vice-présidente de l’intergroupe « Chrétiens du Moyen-Orient » au Parlement européen. Les chrétiens palestiniens devraient donc entrer dans son champ de vision. Après les violences visant la ville chrétienne de Taybeh, Le Média en 4-4-2 l’avait déjà interpellée sur son silence public. La défense des chrétiens paraît très énergique quand elle sert le récit identitaire en France, beaucoup plus discrète quand elle risque de contrarier le soutien à Israël. Une foi à volume réglable, en somme.
Éric Zemmour, l’Église sans le Christ
Le malaise n’est pas nouveau. Le 15 septembre 2018, sur France Inter, Raphaël Glucksmann rappelait à Éric Zemmour une formule de son livre : « Je suis pour l’Église et contre le Christ. » Zemmour répondait : « Oui ! Oui, je le dis clairement ! » L’échange est aujourd’hui facile à retrouver dans les archives consacrées à cette déclaration.
La phrase résume assez bien la mécanique : conserver le décor chrétien, les clochers, les fêtes, les symboles et le vocabulaire de la civilisation, tout en écartant ce qui dérange dans le message chrétien. L’abbé Matthieu Raffray a directement contesté cette vision lors d’un débat avec Zemmour, avec une idée difficile à contourner : « Vous instrumentalisez le christianisme […] Ça me choque ! » pas faire d’identité chrétienne sans la foi ». Autrement dit, le christianisme n’est pas un accessoire électoral que l’on sort pour les réunions publiques avant de le ranger quand la diplomatie impose une autre photo.
Les catholiques utiles dans les discours, absents de la photo
Personne ne demande que chaque entretien diplomatique récite la liste complète des religions présentes en France. Ce serait ridicule. Mais lorsqu’un parti bâtit une grande partie de son commerce politique sur la défense de l’héritage chrétien, il doit accepter qu’on regarde ce qu’il fait lorsque les caméras changent de décor. Dans cette rencontre, les catholiques ne sont pas seulement absents du message : la nation elle-même est réduite à quelques thèmes choisis par l’ambassadeur.
Sarah Knafo peut évidemment rencontrer Charles Kushner et parler de la lutte contre l’antisémitisme, défendre les Français juifs menacés. Mais elle ne peut pas, dans le même mouvement, se présenter comme l’incarnation désintéressée de la nation et éviter toute explication sur cette sélection des priorités. À force de dire « les Français d’abord », il faut parfois penser à les inviter dans la phrase.

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