Société

Après l’affaire Lyhanna, le bilan de Darmanin : sur 85 047 plaintes recensées… 675 incarcérations, soit 0,8 %.

Après cinq semaines de réexamen des procédures, le ministère de la Justice annonce 85 047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs, 1 350 informations judiciaires ouvertes et 675 personnes incarcérées. Jacques Thomet compare ce dernier chiffre au nombre total de plaintes et dénonce des résultats très éloignés des besoins des enfants victimes.

mise à jour le 18/07/26

Derrière les 85 047 plaintes recensées, des milliers d’enfants attendent toujours une réponse concrète de la justice.

Le nombre dépasse largement les premières estimations. Mercredi 15 juillet 2026, Gérald Darmanin a annoncé devant l’Assemblée nationale que 85 047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs avaient été recensées dans les parquets français. Le garde des Sceaux avait donné jusqu’au 14 juillet aux magistrats et aux enquêteurs pour reprendre l’ensemble des procédures concernant des enfants.

Publicité

Depuis le 8 juin, 69 626 dossiers ont été réétudiés. Plus de 15 000 plaintes supplémentaires ont aussi été retrouvées par les services enquêteurs. Ce travail a été lancé après l’affaire Lyhanna, à la suite d’une circulaire adressée aux procureurs généraux pour imposer un traitement prioritaire des infractions sexuelles commises sur des mineurs.


📌 Ajoutez Le Média en 4-4-2 à vos sources préférées sur Google
Pour voir plus souvent nos articles dans “À la une”, cliquez ici pour sélectionner lemediaen442.fr.

970 procédures classées parmi les dossiers prioritaires

D’après les données présentées par le ministre, 38 % des procédures concernent des faits criminels. Dans 83 % des cas, la personne soupçonnée a été identifiée. Les trois quarts des suspects appartiennent au cercle familial ou intime de la victime, ce qui rappelle que les violences sexuelles contre les enfants se produisent le plus souvent dans leur environnement proche.

Les parquets ont isolé 970 dossiers considérés comme prioritaires. Ils concernent des victimes toujours mineures et des personnes déjà connues de la justice. Gérald Darmanin a affirmé que ces procédures seraient traitées « dans les prochaines semaines ».

Depuis le lancement de l’opération, 1 350 informations judiciaires ont été ouvertes pour des crimes et délits sexuels sur mineurs. Le ministère annonce également le placement en détention de 675 personnes mises en cause.

Le garde des Sceaux s’est félicité du « travail considérable » accompli par les magistrats, les greffiers et les enquêteurs. Pour les familles qui attendent depuis des mois, parfois depuis plusieurs années, la réouverture d’une procédure ne constitue toutefois qu’une première étape.



Jacques Thomet compare les incarcérations au nombre de plaintes

Dans un message publié sur Facebook, Jacques Thomet parle d’un « cuisant échec pour le garde des Sceaux ». L’ancien journaliste de l’AFP rapporte les 675 incarcérations aux quelque 85 000 plaintes recensées et obtient un ratio de 0,8 %.

« Seules 675 ont provoqué l’incarcération des auteurs pour délit ou crime de nature sexuelle, soit 0,8 %. »

Ce calcul exprime l’écart entre le volume des plaintes et le nombre de placements en détention annoncés. Il ne correspond pas à proprement parler à un taux de résolution judiciaire : les 85 047 représentent des plaintes, tandis que les 675 désignent des personnes incarcérées. Plusieurs plaintes peuvent concerner le même suspect et une incarcération ne vaut pas condamnation définitive.

Publicité

La critique de Jacques Thomet porte surtout sur les conséquences concrètes pour les victimes. Il affirme qu’aucun des 23 dossiers qu’il avait personnellement adressés au ministre n’a été résolu. Il regrette également l’absence de données sur le nombre d’enfants réellement mis à l’abri, retirés de la garde d’une personne dangereuse ou sortis d’un placement contesté.

Le recensement national permet de mesurer l’ampleur du stock judiciaire. Il ne précise pas encore combien de victimes ont obtenu une mesure de protection immédiate, combien de suspects seront jugés ni combien de procédures aboutiront à une condamnation.

Le sort des enfants confiés à l’ASE absent du bilan

Jacques Thomet reproche aussi au gouvernement de ne rien annoncer sur les enfants placés auprès de l’Aide sociale à l’enfance.

Dans un précédent entretien accordé au Média en 4-4-2, Jacques Thomet estimait qu’au moins 80 000 des quelque 150 000 enfants accueillis en foyer ou en famille d’accueil n’auraient rien à y faire et devraient être rendus à leur parent protecteur. Il se référait notamment aux travaux de l’ancien inspecteur général des affaires sociales Pierre Naves.. Ces estimations ne constituent pas un décompte de placements déclarés illégaux par les tribunaux. Elles résument les accusations qu’il développe depuis plusieurs années à partir des dossiers de familles qu’il accompagne.

Son reproche reste précis : le ministère communique sur les plaintes reprises, les enquêtes ouvertes et les personnes incarcérées, mais pas sur le nombre d’enfants qui ont changé de lieu de vie ou bénéficié d’une décision destinée à les protéger immédiatement.



Une ordonnance de sûreté encore en première lecture

Jacques Thomet appelle également à la prudence face à l’ordonnance de sûreté de l’enfant. Ce dispositif figure dans le projet de loi relatif à la protection des enfants, examiné en première lecture à l’Assemblée nationale du 15 au 17 juillet 2026.

L’objectif annoncé est de permettre une protection provisoire rapide lorsqu’un enfant est exposé à un danger grave, notamment lorsque ce danger provient d’un parent. Jacques Thomet doute cependant de son application sur le terrain, car ce sont les magistrats et les services déjà mis en cause dans des dossiers de placements contestés qui seront chargés d’exécuter le nouveau dispositif.

Publicité

Le texte devra encore poursuivre son parcours parlementaire. Sa portée réelle dépendra moins de son intitulé que des délais de décision, des moyens accordés aux juridictions et de la manière dont les alertes des enfants et des parents protecteurs seront examinées.

Chères lectrices, chers lecteurs,

Soyez acteur du changement en soutenant un journalisme véritablement indépendant et de qualité en vous abonnant à notre média financé par les dons de personnes comme vous.

Accédez à des contenus exclusifs
et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

partagez cet article !

Pas encore de commentaire sur "Après l’affaire Lyhanna, le bilan de Darmanin : sur 85 047 plaintes recensées… 675 incarcérations, soit 0,8 %."

Laisser un commentaire

Newsletter

La Boutique du 4-4-2

Société

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous

Accédez à des contenus exclusifs et soutenez notre indépendance

Abonnez-vous