Canicules et sécheresses : L’Île-de-France suffoquait déjà bien avant les Clio des gueux

À écouter certains responsables politiques, la chaleur aurait attendu l’invention du moteur diesel, des vacances en avion et du barbecue dominical pour s’abattre sur la France. Les archives climatiques racontent une histoire un peu moins pratique pour les sermons estivaux : l’Île-de-France connaissait déjà des sécheresses longues et des canicules sévères plusieurs siècles avant l’arrivée des voitures diesels des gueux.

mise à jour le 12/07/26

La prochaine fois qu’un ministre expliquera qu’un après-midi à 35 °C constitue la preuve définitive de son programme fiscal, il restera une solution dangereusement subversive : ouvrir un livre d’histoire.

Dans une étude consacrée à cinq siècles de sécheresses et de fortes chaleurs, l’historien du climat Emmanuel Garnier a travaillé sur des documents remontant au XVIe siècle. Il s’est notamment appuyé sur les rogations dites « pro pluvia », des cérémonies organisées lorsque l’absence de pluie menaçait les récoltes, les puits et les cours d’eau.

Quand les Franciliens réclamaient la pluie au ciel

Ces processions religieuses n’étaient pas programmées pour améliorer le bilan carbone de la paroisse. Elles intervenaient lorsque la sécheresse devenait suffisamment grave pour inquiéter les populations et les autorités. Leur utilisation comme indicateur historique est aujourd’hui reconnue par les chercheurs, qui ont constitué une base internationale de milliers de cérémonies pour la pluie.

Pour l’Île-de-France, Emmanuel Garnier recense une succession d’épisodes majeurs entre 1500 et 2009. Le XVIIIe siècle décroche le pompon, avec 21 sécheresses, soit environ une tous les cinq ans. Une performance obtenue sans autoroute, sans compagnie aérienne à bas coût et sans livraison de repas par scooter.



1719, l’année où Paris a longuement rôti

L’épisode de 1719 reste l’un des plus impressionnants avec 500 000 morts dus à la sécheresse. L’étude évoque 220 jours de sécheresse et une pluviométrie annuelle limitée à 366 millimètres. Le 16 juillet, le thermomètre de l’astronome Philippe de La Hire dépassait 36 °C à l’Observatoire de Paris, selon un dispositif de mesure très différent des installations normalisées actuelles.

Les conséquences furent agricoles et sanitaires. Les années 1718 et 1719 sont associées à une mortalité considérable (700 000 morts), aggravée par les mauvaises récoltes, la dysenterie et la contamination d’eaux devenues trop basses. À cette époque, le plan gouvernemental contre la canicule consistait essentiellement à prier, fermer les volets et espérer survivre jusqu’à l’automne.

Le climat ancien n’était pas un jardin climatisé

Ces archives ne permettent pas d’affirmer que les activités humaines actuelles n’ont aucun effet sur le climat. Elles rappellent en revanche une évidence souvent sacrifiée aux slogans : une vague de chaleur n’est pas automatiquement « sans précédent » parce qu’elle survient aujourd’hui. Les comparaisons sérieuses exigent d’étudier la durée, l’intensité, l’étendue géographique et les méthodes de mesure.

Emmanuel Garnier constate également qu’après 1830, les sécheresses franciliennes deviennent plus espacées et généralement plus courtes. Son travail signale toutefois un déplacement progressif des épisodes secs vers l’été au cours de la période contemporaine. L’histoire ne fournit donc ni bouton magique ni slogan prêt à diffuser : elle fournit des faits, ce qui est déjà beaucoup plus encombrant.



La prochaine fois qu’un ministre expliquera qu’un après-midi à 35 °C constitue la preuve définitive de l’excellence de son programme fiscal, il restera donc une solution dangereusement subversive : ouvrir un livre d’Histoire. On y découvre que le climat n’a jamais été immobile et que nos ancêtres, privés de climatisation comme de numéro Vert, connaissaient déjà très bien la chaleur, la sécheresse et la peur de manquer d’eau.

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