Après avoir dénoncé la climatisation, Ian Brossat veut désormais la réquisitionner : « l’accès à la fraîcheur devient une question de justice sociale. »

En pleine vague de chaleur, Ian Brossat ressort une vieille recette : la réquisition. Cette fois, il ne s’agit plus seulement de logements vacants, mais de lieux climatisés à ouvrir au public lorsque la canicule frappe.

mise à jour le 12/07/26

La clim était un crime écologique, jusqu’au jour où elle est devenue un bien commun.

La France suffoque, avec des départements placés en vigilance canicule et des températures qui transforment les appartements mal isolés en fours. Dans ce décor idéal pour les grandes idées simples, le sénateur communiste Ian Brossat propose de réquisitionner des lieux climatisés afin de “partager la fraîcheur”. On connaissait le partage du travail, le partage des richesses, voici donc le partage de la clim.

Sur le papier, l’idée vise les espaces climatisés peu utilisés : centres commerciaux, bureaux vides, centres de congrès au ralenti. Dans la bouche de Ian Brossat, la canicule devient une “violence de classe” et la fraîcheur un bien à redistribuer. La formule est efficace. Elle coche toutes les cases : émotion, slogan, coupable désigné. Il manque juste un détail secondaire : qui paie, qui entretient, qui assure, qui organise, qui contrôle ? Mais ces questions-là font rarement transpirer les amateurs de réquisition.


Le plus cocasse, c’est évidemment le virage à 180 degrés. Pendant des années, une partie de la gauche écologique a expliqué que la climatisation était l’ennemi : trop énergivore, trop polluante, trop bourgeoise, trop tout. On a culpabilisé les particuliers, les commerces, les hôpitaux, les écoles. Et maintenant que les corps fatiguent vraiment, on découvre que l’air frais peut servir à autre chose qu’à alimenter un sermon vert. La clim était donc mauvaise, sauf quand elle appartient aux autres.



Cette histoire serait presque drôle si elle ne tombait pas dans un pays où la rénovation énergétique ressemble à un labyrinthe administratif. Le dispositif MaPrimeRénov’ a été fragilisé par les changements de règles et les coupes budgétaires, tandis que le budget 2026 de l’Anah a été annoncé en baisse de 500 millions d’euros. Résultat : les logements restent mal isolés, les volets manquent, les écoles ferment quand le thermomètre grimpe, et les responsables publics viennent expliquer qu’il faut mieux répartir les rares endroits supportables.

La macronie coupe, complexifie, promet, suspend, relance, rabote. Les écologistes moralisent. Les communistes réquisitionnent. À la fin, le citoyen paie la facture et garde les fenêtres ouvertes sur un bitume à 40 degrés. C’est peut-être cela, la planification : une addition de postures qui finit en sueur.

Ian Brossat n’en est pas à sa première passion pour la réquisition. Le sénateur défend depuis longtemps l’idée de mobiliser les biens privés jugés sous-utilisés, notamment les logements vacants en zone tendue. Aujourd’hui, le raisonnement glisse vers les mètres carrés climatisés. Demain, on pourra toujours imaginer les piscines privées ouvertes aux baigneurs officiels, les caves fraîches labellisées refuge citoyen, ou les ventilateurs collectés au nom de l’intérêt général.



Le fond du problème, lui, reste intact : la France n’a pas sérieusement adapté ses bâtiments aux étés qui s’installent. Isoler, poser des protections solaires, végétaliser intelligemment, équiper les lieux sensibles, prévoir des solutions pour les personnes âgées ou malades : tout cela demande du temps, de l’argent, de la méthode. La réquisition, elle, offre une satisfaction immédiate. Elle donne l’impression d’agir, sans construire grand-chose.

On résume : la climatisation était un vice de consommateur irresponsable ; elle devient désormais une ressource collective dès qu’elle fonctionne quelque part. La rénovation coûte cher, donc on la rabote. Les Français cuisent, donc on cherche qui possède encore un peu de fraîcheur. Dans le grand théâtre de l’écologie punitive, Ian Brossat vient simplement d’ajouter la climatisation collectivisée au décor.

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