Aurore Lalucq, présidente de la commission, y voit un « jour historique » et la promesse d’une monnaie publique souveraine, capable de résister aux géants américains du paiement, Visa et Mastercard. En langage moins parfumé : Bruxelles souhaite reprendre la main sur les transactions des Européens, sans devoir sous-traiter toute la curiosité à des sociétés privées installées outre-Atlantique. Il fallait bien appeler cela un progrès.
Le Parlement Européen vient d’adopter (dans une grande confidentialité : 43 voix pour, 14 contre et 1 abstention) le paquet réglementaire de l’#EuroNumérique !
Avec 3 ANS DE RETARD sur le plan initial, le projet totalitaire de l’#UE avance !
Mort à l’#Euro. #DigitalEuro #CBDC https://t.co/5wRuCtJa4K— Marc Gabriel Draghi (@gabriel_draghi) June 23, 2026
La confidentialité, cette vieille connaissance
Le texte adopté prévoit un euro numérique utilisable en ligne et hors ligne, assorti de « standards élevés de confidentialité ». La formule est rassurante, comme toutes les formules qui précèdent généralement un formulaire de consentement de trente-sept pages. La Banque centrale européenne promet donc de ne pas savoir qui achète quoi, où, quand, ni pourquoi. Ou du moins pas trop. Ou pas officiellement. Les commerçants, eux, seraient tenus d’accepter cette nouvelle monnaie sans frais supplémentaires, tandis que les services de base seraient gratuits. L’Europe a donc inventé une gratuité obligatoire pour accompagner une liberté encadrée. On reconnaît là son sens très personnel de la générosité.
3000 euros, la liberté en format échantillon
Pour éviter que les épargnants ne désertent les banques commerciales comme on quitte un navire qui prend l’eau, un plafond de détention est envisagé. Le chiffre de 3000 euros par personne revient régulièrement dans les discussions. Au-delà, le citoyen devra repasser par les circuits bancaires classiques, ces institutions dont l’euro numérique prétend pourtant réduire la dépendance. La liberté monétaire européenne aura donc une limite nette, mesurable, paramétrable, et probablement révisable. En somme, vous pourrez être libre, mais pas au point de donner de mauvaises idées à votre compte courant.
Un calendrier patient, comme une mâchoire
Le calendrier, lui, avance avec l’assurance placide des grandes machines bruxelloises. Un accord final est espéré d’ici la fin de l’année 2026, une phase pilote pourrait voir le jour en 2027, et une mise en circulation à grande échelle interviendrait autour de 2029, si la Banque centrale européenne décide finalement d’émettre cette nouvelle forme de monnaie. Les espèces, affirme le texte, demeurent « protégées ». Voilà qui rassure. L’euro numérique ne doit pas les remplacer, seulement les compléter. Exactement comme ce voisin qui entre chez vous pour « jeter un œil » et finit par commenter la disposition de vos meubles.
La souveraineté, mais pour qui ?
Les défenseurs du projet invoquent la souveraineté monétaire, la modernisation des paiements et la protection des données. Les opposants, eux, y voient surtout une brique supplémentaire dans l’édifice du contrôle : une monnaie centralisée, potentiellement programmable, limitée dans sa détention et nécessairement traçable dès lors qu’elle circule dans une infrastructure numérique pilotée par une institution supranationale. Mais qui pourrait sérieusement soupçonner des bureaucrates européens ou des banquiers centraux d’abuser un jour d’un outil technique aussi commode ? Il faudrait vraiment avoir l’esprit mal tourné, ou simplement une mémoire politique.
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