Pédocriminalité

Loroux-Bottereau (Loire-Atlantique) : Un médecin toujours en activité accusé de viols, y compris sur des enfants

Un médecin généraliste du Loroux-Bottereau, aujourd’hui sexagénaire, est au cœur d’un scandale sanitaire et judiciaire. 45 plaintes pour viols et agressions sexuelles pèsent sur lui, des faits qui s’étaleraient sur trois décennies, de la fin des années 1980 à la fin des années 2010. Certaines victimes n’avaient que 10 ans au moment des agressions. En 2025, elles se sont regroupées au sein du collectif « Les victimes d’un médecin du Loroux-Bottereau », déterminées à briser l’omerta.

mise à jour le 10/06/26

La justice française a un nouveau record : 30 ans pour instruire 45 plaintes pour viols.

Pourtant, malgré l’ampleur des accusations, ce praticien exerce toujours. Certes, il est interdit de recevoir en cabinet depuis l’ouverture de l’instruction. Mais il poursuit ses activités via des téléconsultations et assure même des missions de régulation pour le SAMU de Nantes, sous couvert de libéral. Une situation ubuesque qui interroge sur l’efficacité des mesures de protection.

Un schéma immuable, une impunité tenace

Les récits des victimes, toutes inconnues les unes des autres, dessinent un mode opératoire implacable. Des femmes venues consulter pour des maux anodins – un mal de gorge, des symptômes urinaires – se sont retrouvées soumises à des touchers vaginaux ou rectaux injustifiés, accompagnés de questions intrusives sur leur vie sexuelle ou leurs orgasmes.



L’une d’elles, âgée de 25 ans en 2004, se souvient avec effroi : « Dès la première consultation, il m’a imposé un toucher vaginal. Entre les examens et ses mains glissées dans mon slip, j’ai compris son excitation. Se déshabiller entièrement pour un mal de gorge ? J’ai trouvé ça bizarre… jusqu’à ce qu’il me touche les parties intimes. »

Une autre, venue en urgence pour des brûlures urinaires, avait pourtant été examinée par sa gynécologue le matin même. Peu importe : le médecin a baissé lui-même sa culotte, malgré ses protestations, avant de déclarer : « Il faut absolument que je vérifie. Le clitoris, le point G… tout ça peut être très douloureux. » Avant d’enchaîner, sans gêne : « Avez-vous des orgasmes ? »

Une troisième décrit une biopsie vaginale suivie d’un toucher rectal, durant lequel « il me fixait droit dans les yeux, la main posée sur mon bas-ventre, avec un sourire en coin qui m’a donné envie de vomir. »

 

Une justice aux abonnés absents

L’instruction est ouverte depuis janvier 2020. Six ans plus tard, aucune date de procès n’a été fixée. Le Conseil de l’Ordre des médecins de Loire-Atlantique, saisi dès les années 2000, se contente de déclarations creuses. Mathilde, entendue en 2004, se souvient de l’entretien avec les membres de l’Ordre : « Ils m’ont dit que ce n’était pas tout à fait normal… mais qu’il fallait excuser ce médecin, très porté sur la sexologie, trop présent dans les colloques. » Pour elle, ce fut « une deuxième violence » – celle d’une institution plus soucieuse de protéger un des siens que ses victimes.

Le CHU de Nantes, où le médecin assure des missions de régulation, se dit « très attentif aux évolutions judiciaires ». Une formule creuse, quand on sait que l’établissement n’emploie pas directement le praticien mais lui permet de continuer à exercer, ne serait-ce qu’à distance.



L’hypocrisie d’un système

Le collectif, porté par Mathilde et Sandy, dénonce un « entre-deux » intolérable : si les faits sont avérés, ce médecin ne devrait plus approcher une patiente, sous aucune forme. S’ils ne le sont pas, le dossier devrait être clos sans délai. Mais non : la justice française, dans sa lenteur chronique, laisse planer le doute… et l’impunité.

Les victimes pointent aussi l’opacité des procédures disciplinaires de l’Ordre des médecins, où les audiences se tiennent à huis clos. « On espère que la justice va enfin s’activer », soupire Sandy. En vain, semble-t-il.

L’avocate du collectif enfonce le clou : « Nous ne sommes pas face à une plainte isolée, mais à des dizaines de témoignages concordants sur une période de 30 ans. Ce n’est pas une carrière sans faille… c’est une carrière de prédateur. »

Quant au médecin et à son avocate, ils ont choisi le silence. Une stratégie payante, jusqu’à présent.

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