L’entreprise Milee, anciennement connue sous le nom d’Adrexo, traverse une crise sans précédent. Placée en liquidation judiciaire en septembre 2023, cette société, leader dans la distribution de prospectus publicitaires, laisse derrière elle 10 000 salariés sur le carreau. Retour sur une gestion hasardeuse et une catastrophe sociale qui ébranle le secteur.
Un contexte économique fragilisé
Depuis plusieurs années, Milee fait face à des difficultés économiques grandissantes. Entre 2017 et 2019, l’entreprise a cumulé 130 millions d’euros de pertes pour un chiffre d’affaires de 540 millions d’euros. Cette situation s’explique par l’effondrement du marché des imprimés publicitaires, une baisse estimée à 50 % en cinq ans, notamment sous l’effet de la digitalisation. La transition vers le numérique a considérablement réduit l’usage du papier, impactant directement des entreprises comme Milee.
Une gestion interne critiquée
Cependant, derrière ces difficultés économiques se cache une gestion critiquée par les syndicats et les salariés. Adrexo, avant de devenir Milee, avait déjà fait l’objet de plusieurs affaires judiciaires, notamment pour travail dissimulé, comme en témoigne le jugement en Cassation du 5 juin 2019. De multiples procédures aux prud’hommes ont été intentées à travers la France pour des conditions de travail précaires, des salaires payés en retard, et une exploitation des retraités dans des conditions déplorables.
« Les travailleurs de Milee se retrouvent privés de leurs droits sociaux ! » – La députée LFI Zahia Hamdane interpelle le gouvernement sur le plus grand plan social en France depuis 40 ans :
🔴 « Les travailleurs de Milee se retrouvent privés de leurs droits sociaux ! » – La députée LFI Zahia Hamdane interpelle le gouvernement sur le plus grand plan social en France depuis 40 ans
« Les 10 000 salariés de Milee ont perdu leur emploi et sont privés de leur droit au… pic.twitter.com/zGTMhIapoX
— L’insoumission (@L_insoumission) October 8, 2024
Les critiques se sont intensifiées avec la liquidation judiciaire de Milee. Les salariés dénoncent une gestion opaque au sein de la holding Hopps Group, qui détient Milee. Des remontées inexpliquées de dividendes, des liens troubles entre les différentes entités et une absence totale de transparence ont aggravé la situation.
Le cynisme va encore plus loin avec Frédéric Pons, un des dirigeants, à Marianne le 10 octobre 2009 :
« La livraison de prospectus est un exercice un peu physique pour cette main-d’œuvre vieillissante, mais nous rendons service à ces gens : grâce à ce boulot, ils économisent un abonnement au Gymnase Club. »
Liquidation judiciaire et impact sur les salariés
Le 9 septembre 2023, le tribunal de commerce de Marseille a prononcé la liquidation judiciaire de Milee, entraînant le licenciement de ses 10 000 salariés. Ces derniers se retrouvent dans une précarité extrême, souvent sans avoir perçu leurs derniers salaires ni reçu leurs documents de fin de contrat, indispensables pour toucher l’allocation chômage.
Lors d’un rassemblement organisé le 8 octobre devant le ministère de l’Économie et des Finances, des témoignages poignants ont mis en lumière l’ampleur de la crise sociale. Marie-Ange Goyard, une employée de Milee, décrit avec émotion comment elle et son mari, contraints de se rendre aux Restos du cœur, survivent difficilement. « Ce que je voulais, c’était travailler dignement », s’exclame-t-elle, en larmes.
Un drame invisible aux yeux des médias
Malgré la gravité de la situation, ce drame social semble passer inaperçu dans les médias. Sébastien Bernard, délégué syndical central CGT, dénonce :
« 10 100 personnes sont sur le carreau, c’est la plus grande catastrophe sociale depuis quarante ans dans ce pays. Comment ça se fait que ça ne fasse pas l’ouverture de tous les JT de France ? »
Le manque de visibilité médiatique autour de cette affaire aggrave la détresse des salariés, qui se sentent abandonnés. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a réclamé un moratoire sur tous les licenciements, demandant une intervention rapide du gouvernement pour éviter des drames humains.
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