L’Histoire se répète, et les mécanismes du génocide aussi
Stephen Kapos ne parle pas à la légère. Il a vécu, dans sa chair, la terreur nazie à Budapest : caché par des résistants, séparé de ses parents, affamé pendant le siège de 1944-1945, témoin de la destruction de sa ville et de la disparition de quinze membres de sa famille dans les camps d’extermination. Il connaît, mieux que quiconque, les rouages du génocide : le siège qui asphyxie, la déshumanisation systématique, la destruction des foyers, les disparitions arbitraires, et cette volonté farouche d’effacer une population de la surface de la Terre.
🇮🇱🇵🇸 Holocaust survivor Stephen Kapos lo dice claro.
“Lo que está pasando en Gaza es un Holocausto. Lo que el gobierno israelí está diseñando es la solución final al problema palestino. Como sobreviviente del Holocausto, mi respuesta es: Not in my name.”
Un judío que vivió el… pic.twitter.com/Ei4b78rD8Y
— Palestina En Español 🎒 (@PalestinaVence) June 9, 2026
Des parallèles terrifiants entre Budapest et Gaza
Stephen Kapos ne se contente pas d’une comparaison abstraite. Il dresse des parallèles concrets, glaçants, entre ce qu’il a vécu en 1944 et ce qu’il observe aujourd’hui à Gaza et en Cisjordanie. Pendant le siège de Budapest, lui et les autres enfants juifs cachés étaient privés de tout : nourriture, eau, électricité, fuel, soins. « Nous étions encerclés, affamés, épuisés, constamment en mouvement, comme des rats traqués. » Aujourd’hui, il reconnaît exactement le même dispositif imposé aux deux millions d’habitants de Gaza : un blocus total, une privation délibérée de vivres, d’eau potable, d’électricité et de médicaments. « Ce n’est plus une conséquence collatérale de la guerre, mais une politique systématique, froide, calculée. »
La déshumanisation, prélude à l’extermination
Il évoque aussi les maisons détruites et les populations jetées à la rue. Après la libération de Budapest, sa propre famille était revenue dans une ville en ruines. « Aujourd’hui, je vois la même chose à Gaza : des quartiers entiers rasés, des familles entières déplacées à répétition, rendues sans abri, condamnées à survivre dans des conditions inhumaines. » La déshumanisation, un autre point de convergence qu’il souligne avec une amertume palpable. Lors d’un voyage en Israël dans les années 60, il a été choqué par le racisme envers les Palestiniens. « Ils étaient déshumanisés de la même manière que nous l’étions par les nazis et les Croix fléchées. » Une déshumanisation qui, selon lui, prépare et justifie l’éradication.
Une destruction délibérée, pire qu’en 1944
Surtout, Stephen Kapos insiste sur un point crucial : ce qu’il a vu en 1944 était en grande partie le sous-produit d’affrontements militaires entre armées. « À Gaza, en revanche, je vois une destruction délibérée. C’est même pire. » Les bombardements systématiques des infrastructures civiles – hôpitaux, écoles, habitations – ne visent pas seulement des cibles militaires. « Ils visent à rendre la vie impossible sur place, à pousser à l’exode forcé ou, à défaut, à l’anéantissement pur et simple. »
Pourquoi Stephen Kapos a raison : les faits lui donnent raison
Parce que les faits sur le terrain confirment, point par point, son analyse. Le gouvernement israélien ne mène pas une simple opération militaire contre le Hamas. Il applique une stratégie globale de punition collective et d’effacement : un blocus étouffant, maintenu depuis des années et encore intensifié ; des bombardements massifs et répétés sur des zones densément peuplées ; une destruction quasi totale des infrastructures essentielles à la survie ; des déplacements forcés massifs de population ; et des discours officiels qui parlent ouvertement de « raser Gaza » ou d’éliminer « le problème palestinien ».
La Shoah instrumentalisée : une inversion morale insupportable
Stephen Kapos, en survivant de la Shoah, reconnaît les signes avant-coureurs et les méthodes du génocide : la volonté d’anéantir un peuple en tant que tel, en le privant des conditions minimales d’existence, en le traitant comme un danger existentiel à éliminer, en détruisant ses moyens de subsistance et ses lieux de vie. Appeler cela « Holocauste » et « solution finale » n’est pas une métaphore outrancière. « C’est la description précise d’un processus d’extermination par la faim, les bombes et la dévastation totale. »
Il refuse également que la mémoire de la Shoah serve de justification ou de bouclier à ces crimes. « Je suis particulièrement offensé que l’Holocauste soit utilisé pour justifier l’impunité de l’État israélien. » Utiliser la souffrance juive historique pour légitimer la souffrance infligée aujourd’hui aux Palestiniens constitue une inversion morale insupportable, une trahison des valeurs mêmes que la Shoah devrait nous avoir enseignées.
« Not in my name » : un rejet catégorique de l’instrumentalisation de la Shoah
Son appel « Not in my name » est un rejet catégorique de l’instrumentalisation de la Shoah au service d’une nouvelle politique d’oppression et d’extermination. « Never Again » (« Plus jamais ça ») n’a de sens que s’il s’applique à tous les peuples, sans exception. « Sinon, ce slogan n’est qu’une hypocrisie de plus. »
Un combat toujours actuel
À 88 ans, Stephen Kapos continue de manifester dans les rues de Londres, malgré les intimidations et les interrogatoires de la police. Sa voix porte parce qu’elle est celle d’un témoin direct de l’horreur nazie, qui refuse de voir se reproduire les mêmes logiques sous un autre drapeau. « Ce qui se déroule à Gaza n’est pas une guerre. C’est un génocide en cours, une solution finale au problème palestinien. » Et personne – surtout pas ceux qui se réclament des victimes de la Shoah – n’a le droit de commettre cela en leur nom.
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