Économie

Ynsect, la start-up liquidée : Des vers, du vent et 600 millions envolés

Le tribunal de commerce d’Évry a prononcé, ce 2 décembre 2025, la liquidation judiciaire d’Ynsect. Cet arrêt de mort judiciaire met un terme à quatorze années d’une ambition démesurée, financée à hauteur de plus de 600 millions d’euros. La start-up, présentée comme le fer de lance de la « foodtech » française de l'alimentation animale, n’aura finalement produit que des déficits abyssaux et un désastre social, laissant derrière elle un sillage de subsides publics dilapidés.

mise à jour le 08/12/25

Ils ont cru révolutionner notre assiette ; ils ont surtout légué un cas d’école en gestion désastreuse aux dépens du contribuable.

L’utopie verte, nouvel opium des investisseurs

Fondée en 2011, Ynsect s’était donné pour mission de nourrir le monde – et ses animaux – avec de la farine de scarabées. Son discours, habilement teinté d’écologie urgentiste, séduisit immédiatement les cercles du pouvoir. Son slogan : « Le scarabée, un ingrédient de grande qualité ». Visites ministérielles (Barbara Pompili, Cédric Ô et Julien Denormandie), financements européens (20 millions) : l’entreprise fut érigée en symbole d’une « réindustrialisation » fantasmée, où la technologie devait conjurer les défis environnementaux. Son usine de Poulainville, présentée comme la « ferme verticale la plus grande du monde » (46 000 m2), devait incarner cette nouvelle foi technocratique.



La manne publique : un festin avant l’hiver

Le parcours d’Ynsect est un manuel de la captation de fonds publics. Bpifrance, l’Union européenne, l’État (Ademe), les collectivités locales : tous alignèrent les millions, pour un total avoisinant les 50 millions d’euros d’aides directes sur une capitalisation de 600 millions. Une manne qui contrastait violemment avec la réalité économique de l’entreprise : un chiffre d’affaires dérisoire de 500 000 euros en 2024, noyé sous 90 millions d’euros de pertes. Le modèle reposait moins sur un marché solide que sur la capacité à séduire la prochaine vague de financeurs, dans une fuite en avant typique de l’ère « start-up nation ».


Agonie bureaucratique et mort clinique

La dégringolade fut méthodique. Sauvegarde en septembre 2024, redressement judiciaire au printemps 2025, puis licenciements en cascade. Chaque sursis, accordé par la justice, ne fit que retarder l’inéluctable. En décembre 2025, l’ultime recherche de fonds ayant échoué, le tribunal tira le rideau. Les 43 derniers salariés furent licenciés, sans plan de reclassement digne de ce nom. L’argument d’un « marché non mature » sert aujourd’hui d’épitaphe commode à une stratégie déconnectée de toute réalité commerciale.

Le contribuable, seul vrai perdant

L’impact social est brutal. Les salariés, abandonnés, dénoncent un « massacre ». Politiquement, l’affaire devient emblématique. Du député François Ruffin dénonçant « l’argent public jeté par les fenêtres » aux élus locaux consternés, le même constat s’impose : le contrôle a été défaillant. Sur les réseaux sociaux, la schizophrénie règne : certains jubilent de voir s’effondrer un symbole de l’alimentation « imposée » par Bruxelles, d’autres s’indignent du gaspillage. Mais tous s’accordent sur un point : le scandale financier.


Une leçon à 600 millions d’euros

La chute d’Ynsect est plus qu’un simple échec entrepreneurial. C’est la démonstration cruelle des dérives d’un système où l’idéologie verte et la course aux subventions l’emportent sur la rigueur économique. Elle pose une question brûlante : jusqu’à quand les deniers publics continueront-ils d’alimenter des projets sans autre débouché que les communiqués de presse triomphants ? Le site de Poulainville, monument à l’arrogance technologique, ferme ses portes. Il ne reste que les dettes, et un goût de cendres dans la bouche du contribuable.

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