L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : Enfin du changement dans le microcosme syndical !

Portraits

mise à jour le 27/10/22

Né du mouvement des Gilets Jaunes, le Syndicat des Gilets Jaunes, en plein essor, propose une alternative. Créé par des syndicalistes expérimentés et engagés, il rejette les grandes organisations pyramidales, autoritaires et corrompues, qui ne remplissent absolument plus leurs missions. En prenant le pari de la liberté financière pour défendre les droits des salariés, il s’inscrit dans l’esprit politique et non partisan du mouvement populaire qui lui a donné le jour. Rencontre avec ce phénomène.


Le Média en 4-4-2 : Bonjour. Pouvez-vous nous dire qui vous êtes et présenter le syndicat ?

L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : Nous sommes les membres fondateurs de l’Union Syndicale des Gilets Jaunes. Qui nous sommes personnellement ne regarde personne : les membres n’ont pas vocation à se faire connaître. Ils préfèrent rester dans l’ombre et œuvrer pour une cause commune et supérieure. Il y a plus de 25 ans, nous avions formé un syndicat qui s’était affilié à la CFDT. En 2014, quand Macron, alors ministre de l’Économie, s’est attaqué au repos du dimanche, nous avons évidemment exprimé notre ferme opposition, mais la confédération (N.D.L.R. : la CFDT) n’a pas du tout apprécié. Comme ils ont tenté de nous mettre sous tutelle pour nous faire taire, une pratique malheureusement très courante dans le milieu, nous avons pris notre indépendance et créé un syndicat libre et non subventionné.

Nous avons donc commencé l’aventure en solitaire, sous des attaques visant à nous dissoudre, notamment de la part d’autres syndicats. Nous gênions évidemment, car notre syndicat, qui défendait à l’époque simplement le commerce parisien, se distinguait de tous les autres par ses trois principes fondamentaux : nous étions incorruptibles, puisque nous nous financions nous-mêmes ; nos mandats étaient révocables et impératifs ; et nous assurions le soutien financier de la grève, une pratique devenue extrêmement rare de la part des centrales syndicales, pourtant riches à millions, mais dont l’intérêt n’est plus de défendre les travailleurs.

Dans cette situation dramatique, et pendant que Macron détricotait complètement le droit du travail, autant le dire : nous nous sentions bien seuls. Mais quatre ans plus tard, le 17 novembre 2018, le réveil avait enfin sonné ! C’était magnifique : le peuple s’est levé tout seul, sans syndicats, sans partis, sans rien. Une solidarité et une fraternité spontanément retrouvées.

Le mouvement, initialement hostile (à juste titre) aux politiques et syndicalismes traditionnels, s’est peu à peu structuré et ouvert à l’idée de créer un syndicat dans l’esprit des Gilets Jaunes ; c’est-à-dire libre, populaire et incorruptible, et qui couvre tous les champs professionnels possibles, autant privés que publics. Nous avons donc entrepris de créer le Syndicat des Gilets Jaunes.

Mais on ne fait pas une union syndicale multi-corporatiste en claquant des doigts. Déjà, la représentativité syndicale exige sept critères : le respect des valeurs républicaines ; l’indépendance ; la transparence financière ; des effectifs et des cotisations, une audience mesurée aux élections professionnelles et, enfin, une influence caractérisée par l’activité et l’expérience, dont une ancienneté minimale de deux ans. Or, parce que nous avions été attaqués et que nous avions anticipé une stratégie pour ne pas être dissous, nous avions déjà déposé plusieurs structures dormantes, sous différentes formes, qui respectaient ces critères. En 2020, nous avons pu prendre l’une d’elles et l’avons transformée. L’Union Gilets Jaunes était née. Il ne nous restait plus qu’à créer un syndicat pour chaque corporation et à les rattacher à cette union un à un, ce que nous avons dès lors entamé. Aujourd’hui encore, elle continue de grandir et intègre petit à petit tous les champs professionnels de France.

Capture-PBOY & LES GILETS JAUNES
Capture écran – PBOY & LES GILETS JAUNES

Le Média en 4-4-2 : Quels furent vos premiers combats ?

L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : Déjà, il fallait faire face aux attaques des employeurs. Ainsi, nous avons même été pourvus en cassation parce qu’il nous a été reproché de ne pas respecter les valeurs républicaines… puisque nous étions des Gilets Jaunes ! Pour nous défendre, nous avons alors eu l’aide de Juan Branco, qui est spontanément venu nous voir et nous a brillamment défendus.

Il continue d’ailleurs à plaider pour le syndicat, notamment pour la demande que nous renouvelons tous les jours de manifester devant l’Élysée. Elles sont systématiquement refusées, ce qui prouve qu’il n’est pas possible de manifester librement et où on le désire en France (une exception dans les pays de l’OCDE, où la plupart des autres nations autorisent les manifestions devant les ministères ou palais du président ou du roi). Nous, on ne veut pas que les gens s’habituent à cela ! Nous avons donc saisi le tribunal administratif, et la plainte va être déposée devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Pour ce qui est des luttes, notre première action symbolique fut de créer une inter-syndicale devant l’Assemblée nationale avec VIGI, le syndicat indépendant de la police. Nous étions à l’époque en plein débat sur la fameuse loi Sécurité globale, et il était important de montrer que malgré la violente répression dont ont été victimes les Gilets Jaunes, nous pouvions nous unir syndicalement avec les policiers pour défendre nos droits et nos valeurs communes.

Le Média en 4-4-2 : Que faites-vous à présent, quel avenir préparez-vous pour le syndicat ?

L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : Un syndicat n’est rien d’autre qu’un contre-pouvoir dans le monde du travail. Or, aujourd’hui, il n’y en a plus !

Le salariat est devenu très compliqué, par les formes de management qui sont mises en place, par la généralisation du télétravail qui isole les travailleurs, par la robotisation et l’intelligence artificielle, par l’Uberisation, etc. Dans un système où l’employeur a pouvoir de direction, de sanction et d’embauche, il n’est souvent plus possible pour l’employé de trouver un équilibre. Nous ne sommes malheureusement plus dans les 30 glorieuses, quand l’on pouvait trouver du travail du jour au lendemain.

Les syndicats, par la simple action juridique, peuvent rééquilibrer cet état de fait. Quand, face à un employeur ne respectant pas le droit du travail, vous avez quelqu’un de costaud et de bien formé, normalement, sauf à être malhonnête, les droits des salariés sont respectés. Et puis, bien sûr, on peut aussi conquérir d’autres droits. Le syndicat est donc un outil de protection très puissant.

En regroupant dans un seul bloc (le CSE : comité social et économique) les délégués du personnel, le CE et le CHSCT, Macron s’est attaqué aux instances représentatives, pour isoler les élus des travailleurs (et les syndicats ont accepté sans broncher !). Or, pour faire cela, il a généré une vague d’élection des représentants du personnel en 2019. Quatre ans plus tard, notre stratégie est donc de profiter de la période électorale pour entrer dans les boîtes. Si nous avons les dates des réunions qui préparent les élections, nous y allons ; même si l’on n’est pas encore dans ces entreprises. On peut alors participer, se faire connaître des salariés, avoir des candidats, en présenter, avoir des élus et, donc, peser dans la boîte. C’est ce qui nous occupe beaucoup aujourd’hui, jusqu’à la fin de l’année.

Le Média en 4-4-2 : Comment parle-t-on de vous dans la presse ?

L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : Les médias « grand public » n’ont pas encore vraiment parlé de nous… ce qui ne nous pose pas de problème, puisque nous cherchons à nous faire connaître et grandir par le terrain.

Le Média en 4-4-2 : Comment se rendre actif pour ce syndicat ?

L’Union Syndicale des Gilets Jaunes : La première phase évidemment, c’est d’adhérer. Ensuite, si votre entreprise fait plus de 50 salariés et que vous avez plus d’un an d’ancienneté, vous pouvez trouver un second adhérent et ainsi créer une section syndicale. Vous aurez alors des panneaux, une voix. Vous vous mettrez en avant comme n’importe quel autre syndicat, sauf que vous aurez une bien plus grande liberté de parole. Cela reste un mandat protecteur : on ne pourra pas vous licencier sans saisir l’inspection du travail. Une fois les élections passées, si vous obtenez plus de 10 %, vous serez délégué syndical et vous pourrez alors négocier les accords d’entreprise.

Enfin, si vous voulez vraiment vous investir, vous pouvez vous former avec le syndicat. Vous apprendrez à négocier le protocole préélectoral, qui organise les élections de la délégation du personnel. Vous serez dès lors au cœur des négociations avec les employeurs.

Sylvain et Erwan, pour le Media 4-4-2

Retrouvez l’Union Syndicale des Gilets Jaunes sur son site internet.

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