La Journée de solidarité fut instituée en 2004. Depuis, les employeurs versent 0,3 % de leur masse salariale au titre de la Contribution solidarité autonomie, la CSA. En 2013, les retraités imposables furent également conviés à l’effort, avec la CASA. La solidarité nationale, décidément, a toujours su trouver des contributeurs.
Plus de 50 milliards encaissés
Les montants donnent le vertige. Entre 2004 et 2020, cette journée avait déjà rapporté 37 milliards d’euros. Avec les recettes récentes — environ 3,2 milliards en 2023, puis autour de 3,4 à 3,5 milliards les années suivantes — le cumul dépasse désormais largement les 50 milliards d’euros.
Cet argent est versé à la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, la CNSA. Il alimente une partie de la branche Autonomie de la Sécurité sociale, dont le budget dépassait 41 milliards d’euros en 2024. Officiellement, il sert à financer l’Allocation personnalisée d’autonomie, les EHPAD, les services médico-sociaux et l’aide aux personnes en perte d’autonomie. Officiellement, tout est donc fléché. Comme toujours, le papier est mieux climatisé que les chambres.
❌ À quoi a servi la journée de solidarité canicule ?
Et plus largement : où va l’argent pris aux Français par l’Etat.
Ce pays ne s’en sortira pas sans audit citoyen et indépendant.
La Cour des comptes est une cour de plus, excroissance de l’état profond, dont le rôle est…
— Alexis Poulin (@Poulin2012) June 25, 2026
Une pièce fraîche, pas une politique publique
Reste le concret. Depuis 2004-2005, les EHPAD doivent disposer d’au moins une pièce ou d’un local rafraîchi accessible aux résidents lors des fortes chaleurs. Une pièce. Pas une chambre climatisée. Pas un bâtiment rénové. Pas une vraie adaptation thermique.
La climatisation individuelle dans les chambres n’est pas obligatoire. Voilà donc l’ambition réelle : permettre aux résidents, quand ils le peuvent, de rejoindre un espace un peu moins étouffant que le reste de l’établissement. À ce niveau, ce n’est plus une politique de protection ; c’est une permission administrative de respirer.
Les vieux ont toujours chaud
Selon une enquête de la Fnadepa relayée en 2023, 91,4 % des établissements pour personnes âgées n’ont pas de chambres climatisées. Près de 5 % n’auraient même pas mis en place les pièces rafraîchies pourtant obligatoires.
Chaque été, les mêmes scènes reviennent : chambres à 30 ou 35 °C, ventilateurs insuffisants, climatiseurs mobiles introuvables, personnels épuisés, résidents en souffrance. Les reportages s’accumulent, l’indignation passe, puis l’administration referme le dossier jusqu’à la prochaine vague de chaleur.
Un argent absorbé, mais pour quel résultat ?
Il ne s’agit pas de prétendre que ces milliards n’ont servi à rien. Ils ont probablement soutenu un système déjà coûteux, financé des prestations nécessaires, compensé des charges et évité quelques effondrements. Mais c’est précisément le problème : une contribution créée au nom des plus vulnérables sert surtout à maintenir à flot une machine incapable de les protéger correctement.
Si, après plus de vingt ans et plus de 50 milliards d’euros ponctionnés, les EHPAD restent massivement sous-équipés face aux canicules, il ne suffit plus d’invoquer la complexité budgétaire. Il faut demander des comptes.
Le grand brouillard médico-social
Où est passé l’argent ? Dans le fonctionnement quotidien du système ? Dans les strates administratives ? Dans les appels d’offres, les cabinets de conseil, les gestionnaires privés, les intermédiaires et les lobbies du médico-social ? Dans cette tuyauterie française où l’argent public entre avec gravité et ressort rarement sous une forme identifiable ?
On nous assure que tout finance l’autonomie. Pourtant, beaucoup d’EHPAD demeurent des passoires thermiques, les personnels manquent, les déficits s’accumulent et les rénovations lourdes restent l’exception. L’État sait lever l’impôt. Il paraît beaucoup moins habile lorsqu’il faut faire baisser la température.
Des rapports frais, des chambres brûlantes
Pendant ce temps, les autorités produisent des plans, des circulaires, des rapports et des recommandations. La Cour des comptes observe, les ministères arbitrent, les agences coordonnent. Sur le terrain, les soignants bricolent avec des bouteilles d’eau, des brumisateurs et des ventilateurs.
Pour un audit citoyen
Il faut un audit citoyen, indépendant et public de la Journée de solidarité. Pas une commission molle chargée de conclure que « des pistes doivent être approfondies ». Un vrai contrôle, euro par euro, pour savoir ce que cette contribution a financé, ce qu’elle n’a pas financé, et qui a profité de ses angles morts.
Quand on prend aux Français un jour de travail, ou son équivalent, au nom des personnes âgées et handicapées, on ne leur doit pas seulement des éléments de langage. On leur doit des preuves, des bâtiments adaptés, des personnels suffisants et des comptes lisibles.
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