Portrait d’une insoumise : qui est Babette de Rozières ?
Élisabeth, dite Babette, de Rozières, née en 1947 en Guadeloupe, n’est pas une inconnue. Ancienne cheffe cuisinière, animatrice télé, elle siège au conseil régional francilien depuis 2015. Son parcours politique ? Un zigzag assumé : après avoir soutenu Hidalgo, Pécresse, puis Ciotti, elle quitte l’UDR en 2025. Son style ? Un franc-parler qui dérange, des prises de position sans fard et une plume qui ne tremble pas.
Macronie : le bilan accablant d’un quinquennat sous le signe de l’impunité
La tribune s’ouvre sur un constat glaçant : 26 ministres ou proches d’Emmanuel Macron seraient impliqués dans des affaires politico-financières depuis 2017. Parmi eux, quatre ministres de la Justice, dont Gérald Darmanin,. Selon Babette de Rozières, ce dernier serait « compromis dans trois affaires de viols et de harcèlements sexuels classées sans suite »… sans que cela n’entache sa carrière.
Elle dénonce avec ironie le recours systématique au classement sans suite, rappelant au passage que le parquet, censé être indépendant, reste sous l’autorité hiérarchique du ministre de la Justice – lui-même nommé par le président. Une anomalie démocratique qu’elle exige de réformer, ce qui couperait enfin le cordon ombilical entre parquet et pouvoir politique.
L’affaire Verdin : un viol étouffé dans les couloirs du pouvoir
C’est le cœur explosif de sa tribune. En octobre 2025, Babette de Rozières reçoit un signalement accablant : un viol (présumé), commis à l’automne 2024 dans le bureau du chef de cabinet de Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées. L’auteur (présumé) ? Paul-Hugo Verdin, chef de cabinet de Lecornu à l’époque… et aujourd’hui chef de cabinet du Premier ministre.
Elle saisit le procureur, comme l’y oblige l’article 40 du Code de procédure pénale. Mais surprise : l’affaire était déjà connue du parquet de Paris, qui l’avait classée sans suite en juillet 2025. Ouverte à nouveau après son signalement, elle devient un sujet brûlant. Lors d’une interview sur Scroll-Téléradio le 13 février 2026, Babette de Rozières évoque les faits – sans nommer Verdin. Réaction immédiate : un avocat du mis en cause menace la chaîne de poursuites en diffamation. Résultat ? L’affaire explose sur les réseaux sociaux, avec plus de 700 000 vues.
Omissions, menaces et cynisme d’État
Babette de Rozières affirme avoir écrit à la ministre des Armées et à celle de la Santé. Réponse : le silence. Elle publie alors une lettre ouverte à Lecornu, soulignant l’ironie cruelle : ce dernier a fait de la lutte contre les violences sexistes son « cheval de bataille ».
Selon ses informations, la victime de Paul-Hugo Verdin aurait été « exfiltrée » vers la mairie de Paris après les faits et se retrouverait aujourd’hui au chômage. Quant à Verdin, il aurait été exilé deux mois à Mayotte — le temps que « l’affaire se tasse » — avant d’être réintégré le jour même du classement sans suite, le 28 juillet 2025.
Cerise sur le gâteau : Verdin a cité Babette de Rozières en diffamation. Elle qualifie cette manœuvre de « procédé vulgaire d’intimidation » et s’interroge : pourquoi n’a-t-il pas porté plainte avec constitution de partie civile ? La réponse, sous-entendue, est qu’il vaut mieux ne pas trop creuser.
Violences sexuelles dans les armées : une épidémie niée
La tribune élargit son champ de tir aux violences sexuelles au sein des armées. Les chiffres de la cellule Thémis (créée en 2014, restructurée par Lecornu en 2024) sont accablants : 226 signalements en 2023 (dont 27 viols), 326 en 2024 (dont 43 viols), avec une hausse en 2025. Pour Babette de Rozières, il s’agit ni plus ni moins d’une question de santé publique et d’intérêt national.
Elle rappelle le discours d’Emmanuel Macron du 25 novembre 2017, où il faisait de la lutte contre les violences faites aux femmes « la grande cause de son quinquennat ». Un engagement bien théorique, semble-t-il, au vu des faits. Elle n’hésite pas non plus à évoquer l’affaire ancienne de Macron, alors âgé de 14 ans, avec sa professeure de théâtre.
Darmanin, Lecornu, Macron : la chute des masques
Babette de Rozières exige la démission de Gérald Darmanin, qu’elle accuse d’avoir failli dans la protection des enfants, en référence au meurtre de la jeune Lyhanna. Son verdict sur le gouvernement est sans appel : « des petits marquis de pacotille irresponsables ».
Elle conclut son texte par des formules chocs sur la réalité du viol et ses conséquences, et lance un appel solennel : il est temps de « passer aux actes » pour protéger les victimes et réformer un système judiciaire « complètement pourri ».
Épilogue : la justice tranchera… peut-être
Babette de Rozières assume son rôle de lanceuse d’alerte. « La justice tranchera », écrit-elle, non sans ironie, alors qu’elle est elle-même poursuivie pour diffamation par Paul-Hugo Verdin. Avec son style direct et ses accusations nominatives, Babette de Rozières a relancé le débat… à coups de marteau-pilon.
Tribune libre de Babette de Rozières :
« Vingt-six ministres ou personnalités politiques proches de Macron sont impliqués dans des affaires politico-financières depuis que Macron est aux manettes, en 2017, dont quatre ministres de la Justice, parmi lesquels Gérald Darmanin, compromis dans trois affaires de viols et de harcèlements sexuels classées sans suite, et toujours en fonction, alors même qu’Emmanuel Macron, en 2017, à son arrivée au pouvoir, déclarait : « Tout ministre mis en examen aura l’obligation de quitter le gouvernement. »
Le classement sans suite est devenu une spécialité sous la gouvernance de Macron.
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Sur les 26 personnalités impliquées, et il serait trop fastidieux de les citer, certains, les plus nombreux, ont fait l’objet d’un classement sans suite pour infraction insuffisamment caractérisée.
Pour les autres, les affaires sont toujours en cours. C’est dire que le parquet, qui conserve l’opportunité des poursuites, a considéré que la bouteille à moitié vide et à moitié pleine que constitue la présomption d’innocence n’était pas suffisamment remplie et ne contenait pas suffisamment d’éléments pour renvoyer l’auteur devant le tribunal, même s’il reste au fond de la bouteille un dépôt nauséeux.
Il n’est pas inutile de rappeler que le parquet, qui regroupe tous les procureurs de la République, chefs de la police et grands maîtres des horloges judiciaires, est structurellement rattaché et sous le contrôle hiérarchique du ministre de la Justice, qui est un homme politique, membre du gouvernement, nommé par le président de la République.
Au ministère de la Justice, c’est la grosse tambouille de l’entre-soi.
Il est grand temps de couper le lien qui relie statutairement les magistrats du parquet et les magistrats du siège, que sont les juges, et qui, seuls, doivent bénéficier d’une totale indépendance. Ceci implique une courageuse volonté politique de refondre le statut de la magistrature de 1958 et d’intégrer les procureurs au statut de la fonction publique de 1953 pour en faire des agents de l’État soumis hiérarchiquement au ministre de la Justice.
Ceci étant dit.
Paul-Hugo Verdin, l’actuel chef de cabinet du Premier ministre, sort du bois.
J’ai été saisie, en ma qualité d’élue à la Région Île-de-France, de faits de viol qui se seraient déroulés à l’automne 2024 dans le bureau du chef de cabinet de monsieur Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées.
Les éléments factuels qui m’ont été rapportés en octobre 2025 m’ont paru suffisamment graves et circonstanciés pour que j’estime devoir saisir le procureur de la République sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale.
D’après les informations qui m’ont été communiquées par mon avocat, qui suit ce dossier, l’affaire était connue du parquet de Paris, qui l’avait déjà classée sans suite en juillet 2025, ce que j’ignorais. Jusque-là, rien de nouveau : l’affaire a donc été réouverte et l’enquête est en cours.
Je ne reviendrai pas sur les circonstances qui m’ont amenée à révéler les faits, sauf à préciser que c’est dans le cadre d’une interview sur mon parcours professionnel donnée le 13 février 2026 sur la chaîne de télévision internet Scroll-Téléradio que, répondant à une question d’actualité du journaliste sur l’affaire Epstein, j’ai tout naturellement évoqué les faits objets de mon signalement, me gardant bien de citer le nom de Paul-Hugo Verdin.
C’est par un courrier d’avocat adressé au journaliste que l’auteur, se sentant visé en la personne de monsieur Paul-Hugo Verdin, actuellement chef de cabinet de monsieur Sébastien Lecornu, s’est manifesté pour demander le retrait du passage diffusé, sous menace de déposer plainte en diffamation. Ce que la chaîne a refusé de faire, au motif que le nom de l’agresseur n’avait pas été mentionné à l’antenne.
L’affaire a été reprise et commentée sur les réseaux sociaux, qui se sont enflammés avec plus de 700 000 vues.
Lettre ouverte à Sébastien Lecornu.
Devant l’absence de réaction officielle, j’ai adressé le 13 mars 2026 un courrier à madame la ministre des Armées afin de l’interpeller sur la question des violences sexuelles commises au sein de nos armées et sur mineurs : pas de réponse.
Idem pour un courrier adressé à madame la ministre de la Santé, sur le même sujet : pas de réponse.
Ne pouvant laisser les choses en l’état, j’ai donc publié sur les réseaux sociaux une lettre ouverte à monsieur Sébastien Lecornu, aujourd’hui Premier ministre, avec qui j’ai entretenu de bonnes relations lorsqu’il était ministre des Outre-mer, sachant qu’il a fait de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes « son cheval de bataille » : pas de réponse.
Je ne comprends pas comment un ministre ait pu couvrir des faits criminels de viol, dès lors qu’il en a eu connaissance, comme le montrent ses interventions et ses prises de décisions dans le déroulement chronologique des faits :
Victime exfiltrée à la mairie de Paris dans les jours qui ont suivi, laquelle est aujourd’hui au chômage, à la recherche d’un emploi.
Monsieur Paul-Hugo Verdin, auteur présumé, exilé pendant deux mois à Mayotte, le temps que l’affaire se tasse, puis renommé à son poste par arrêté de Sébastien Lecornu le jour même du classement sans suite, le 28 juillet 2025.
Discours du président Macron
J’ai gardé en mémoire la teneur du discours du président Macron, le 25 novembre 2017, lors de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, lorsqu’il a déclaré qu’il faisait de ce fléau « la grande cause de son quinquennat ».
Qu’a-t-il fait depuis ? Lui qui a eu à connaître, lorsqu’il avait 14 ans au lycée de La Providence d’Amiens, sa professeure de théâtre, âgée de 39 ans, mariée et mère de deux enfants au moment des faits.
Les parents du mineur Macron ont bien été tentés de saisir la justice. On est en droit de se poser la question de savoir si les faits qui étaient connus des enseignants sont prescrits ? Je m’interroge !
Actuellement, 32 000 femmes œuvrent sur tous les terrains militaires dans nos armées. La cellule Thémis, créée spécialement en 2014 et restructurée par monsieur Sébastien Lecornu en 2024 pour faciliter et renforcer les moyens d’investigation et protéger les victimes d’agressions sexuelles et sexistes, a été saisie en 2023 de 226 signalements, dont 27 viols.
En 2024, on dénombre 326 signalements, dont 43 viols, et les chiffres sont en hausse pour 2025.
C’est donc une question de santé publique et un sujet d’intérêt national que de s’attaquer à ce fléau qui gangrène notre société, et les Français sont en droit d’attendre une réponse.
La mise en œuvre d’un véritable plan de protection des femmes victimes de viols dans nos armées et, plus généralement, sur les lieux de travail, est plus que jamais d’actualité, et il importe de revoir entièrement le dispositif législatif et la politique pénale.
Ne pas dénoncer ces faits revient à favoriser la récidive. Se taire, c’est acquiescer, c’est se déclarer complice, c’est nier la reconnaissance des victimes, des femmes outragées et traumatisées.
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