Faits-divers

La France brûle : La Chartreuse du Mont-Dieu rejoint la liste des édifices religieux sacrifiées

La France assiste, impuissante ou indifférente, à la lente combustion de son patrimoine religieux. La destruction du monastère de la Chartreuse du Mont-Dieu n'est qu'un épisode supplémentaire d'une sinistre chronique. Comme l'a amèrement constaté la maire Anne Fraipont, il ne reste plus que les murs. Cette catastrophe s'inscrit dans une séquence d'incendies aux causes souvent troubles, soulevant une question crue : protéger ces lieux a-t-il encore un sens pour la société contemporaine ?

mise à jour le 03/11/25

La destruction de la Chartreuse du Mont-Dieu s’inscrit dans une série noire qui ravage le patrimoine religieux français, entre actes criminels et coupables idéologiques.

Une statistique qui dérange

Les chiffres, eux, ne brûlent pas. Ils s’accumulent. En 2024, les incendies volontaires contre les églises ont grimpé de 30%, avec quatorze cas avérés sur les six premiers mois. Le ministère de l’Intérieur enregistre une hausse globale des actes anti-chrétiens, culminant à 401 pour le seul premier semestre 2025. La France caracole ainsi en tête des pays européens où les églises sont le plus souvent incendiées. Derrière ces feux, une galerie de profils : de l’anarchiste militant au déséquilibré, en passant par des individus se réclamant d’un islam radical ou du satanisme. Leur point commun ? Une prédilection pour les symboles – autels, statues, orgues – et une aversion rare pour les revendications publiques.

Comment ne pas voir une forme de minimisation du phénomène par les autorités et les médias ? Si les cartes virales sur les réseaux sociaux mêlent parfois incendies, vols et vandalismes, brouillant les pistes, la réalité des faits est têtue. Depuis 2018, des dizaines d’édifices sont partis en fumée, souvent la nuit et dans des zones reculées, compliquant singulièrement le travail des enquêteurs.


Chronique d’un autodafé annoncé

Cette litanie funèbre mérite d’être lue. Voici une chronologie, non exhaustive, des principaux sinistres d’origine criminelle ou non élucidée.

2018

7 juin : Église Notre-Dame-des-Grâces, Revel (Haute-Garonne) – Incendie criminel maîtrisé rapidement ; auteur condamné à un an de prison.
11 juin : Église Saint-Vaast, Béthune (Pas-de-Calais) – Départ de feu criminel.
21 juin : Église Sainte-Brigide, Plappeville (Moselle) – Incendie criminel.
31 juillet : Église Sainte-Thérèse, Rennes (Ille-et-Vilaine) – Incendie volontaire.
5 août : Église de Villeneuve-d’Amont (Doubs) – Incendie criminel.
3 septembre : Chapelle du Péré, Saint-Sever (Landes) – Incendie criminel.
24 novembre : Cathédrale Saint-Maclou, Pontoise (Val-d’Oise) – Incendie au clocher, cause suspecte malgré une piste électrique.
30 décembre : Église Sainte-Madeleine, Toulouse – Incendie volontaire avec papiers brûlés.

Au total, une douzaine de cas confirmés criminels cette année-là.

2019

14 janvier : Église Sainte-Foy, Sélestat (Bas-Rhin) – Départ de feu sur une table d’ornement.
16-17 janvier : Église Saint-Jacques, Grenoble – Incendie revendiqué par un groupe anarchiste, traces de carburant.
28 janvier : Église Sainte-Foy, Lyon – Tentative d’incendie par un individu interpellé.
5 février : Cathédrale Saint-Alain, Lavaur (Tarn) – Incendie criminel sur la crèche, suspects mineurs.
17 mars : Église Saint-Sulpice, Paris – Incendie à la porte, dégâts à 900 000 euros.
15 avril : Cathédrale Notre-Dame, Paris – Incendie majeur pendant des travaux, causes débattues mais qualifié de mystérieux.
21 avril : Église Notre-Dame-de-Grâce, Eyguières (Bouches-du-Rhône) – Incendie par un adolescent, confessionnal détruit.
Juin : Église d’Équihen-Plage (Pas-de-Calais) – Incendie criminel.

En 2019, 22 églises ont été incendiées, marquant une année record.

2020

12-13 juin : Cathédrale Saint-Pierre, Rennes – Incendie volontaire à une porte, suspect relaxé faute de preuves.
18 juillet : Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, Nantes – Incendie criminel par un bénévole, orgue détruit.

2021

Avril (lundi de Pâques) : Collégiale d’Avesnes-sur-Helpe (Nord) – Incendie criminel, suspect arrêté.
17 avril : Église Saint-Aubin, Romilly-la-Puthenaye (Eure) – Église entièrement brûlée.
3 mai : Église Saint-Pierre-Saint-Paul, Lille – Incendie en sacristie, suspecté criminel.
Juin : Église Saint-Pierre-Saint-Paul, Le Portel (Pas-de-Calais) – Incendie criminel.

2022

18-19 mai : Église Sainte-Croix, Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée) – Incendie au transept.
29 décembre : Chapelle Saint-Eugène, Aurillac (Cantal) – Toiture dévastée, cause inexpliquée.

2023

17 janvier : Église Notre-Dame-de-Fatima, Paris (19e) – Départs de feu à la porte.
22 janvier : Église Notre-Dame-des-Champs, Paris (10e) – Incendie à la porte.
26 janvier : Église Saint-Laurent, Paris (10e) – Tentative d’incendie, suspect interpellé.
7 juillet : Église Notre-Dame, Drosnay (Marne) – Église entièrement brûlée.

2024

19 mai : Église de Dannevoux (Meuse) – Départ de feu sur l’autel pendant la Pentecôte.
Juin : Église Sainte-Thérèse, Poitiers – Incendie volontaire.
Juillet : Deux églises en Nouvelle-Calédonie – Incendies lors d’émeutes anti-chrétiennes.
2 septembre : Église de l’Immaculée-Conception, Saint-Omer (Pas-de-Calais) – Incendie criminel majeur, auteur récidiviste.
3 octobre : Église Saint-Hilaire-le-Grand, Poitiers – Départs de feu, statues brisées.
11 décembre : Église Saint-François, Montpellier – Départ de feu pendant des travaux, cause probable accidentelle mais suspecte.

Au total, 14 incendies volontaires en 2024.

2025

27 janvier : Église de Langé (Cher) – Incendie criminel.
23-24 juillet : Église Notre-Dame-des-Champs, Paris (6e) – Deux incendies successifs.
22-23 août : Église Notre-Dame, Panilleuse (Eure) – Incendie nocturne.
2 novembre : Ancien monastère de la Chartreuse du Mont-Dieu, Ardennes – Bâtiment principal détruit, causes inconnues.



Un héritage qui part en fumée

Ces incendies ne sont plus des faits divers, mais les symptômes d’une christianophobie rampante dont la France est l’Épicure européen. Les services de renseignement notent une augmentation de 30% des feux criminels en 2024, mais les condamnations restent rares, les preuves se consumant avec les bâtiments. Face à cette érosion programmée, les appels à une meilleure surveillance des 42 000 églises et chapelles se heurtent au coût exorbitant des reconstructions et à l’abandon programmé des sites les plus modestes.

La question dépasse la simple protection du patrimoine. Elle interroge la place du sacré dans une République résolument sécularisée, où la pierre d’autel est devenue une cible symbolique et politique. L’incendie de la Chartreuse du Mont-Dieu n’est pas un accident. C’est un signal d’alarme, que beaucoup s’obstinent à prendre pour de la fumée.

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