Un démarrage chaotique dans une salle de classe
Dès 13h30, le spectacle était surréaliste. Une salle d’audience sous-dimensionnée, digne d’une classe d’école, où moins d’une quinzaine de personnes du public ont pu trouver place. Une majorité de journalistes, dont on connaît l’objectivité , composait le paysage. La situation était si absurde qu’une salle de retransmission vidéo a dû être improvisée, sans que le président du tribunal n’en soit informé, provoquant son agacement. Les avocats de la défense ont immédiatement réclamé un changement de salle, demande toujours « en cours d’examen » en fin de journée.
Les droits de la défense : première victime collatérale
Le procureur a ouvert le bal en s’opposant systématiquement aux demandes de la défense. Les avocats des prévenus n’ont reçu des pièces du dossier que la veille, voire le matin même, sans possibilité de les analyser. Une enquête pro-« Brigitte » a même été diffusée hier soir, sans que la défense n’ait le temps d’en prendre connaissance. « Les droits de la défense sont bafoués », a dénoncé avec force Me Carlo Alberto Brusa, pointant des tweets « hors de la saisine » de la justice.
Les demandes de renvoi et les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) ont été rejetées en série, le tribunal jugeant ces dernières « dépourvues de caractère sérieux ». L’avocat d’Aurélien Poirson-Atlan (Zoé Sagan) a résumé le sentiment d’arbitraire : son client « ne sait pas de ce dont il doit se défendre », déplorant des « imprécisions » dans l’accusation.
Portraits des « haro-sceptiques »
L’entrée dans le vif du sujet, tardive, a révélé le visage étonnamment ordinaire des prévenus :
. L’informaticien suisse (1er prévenu) : cheveux gris, manteau noir, casier vierge. « Je me demande ce que je fais là », a-t-il lancé, décrivant des cellules « qui puent la pisse » après sa garde à vue. Avec calme, il a défendu ses neuf tweets sur quatre mois : « Je ne fais que dire que les médias ont menti ». Selon lui, « l’objectif des Macron est de faire condamner pour l’exemple au hasard afin de museler l’ensemble des personnes qui postent ».
. Le courtier en crédit (2ème prévenu) : plus combatif. Pour lui, tweeter depuis son canapé, c’est « informer ceux qui veulent les lire ». Concernant les accusations de « pédophilie », il assume : « Je pense que c’est la vérité. C’est factuel ». Interrogé sur la nature humoristique ou factuelle de ses messages, il répond : « C’est les deux ».
. L’enseignant (3ème prévenu) : accompagné de sa famille, plus contrit. Il évoque un compte « parodique » et son « petit compte de 90 abonnés ». C’est la lecture du livre « Becoming Brigitte » de Xavier Poussard qui l’a conduit à tweeter. « J’en ai pris conscience. Ce n’était pas mon intention », plaide-t-il, avant de fermer son compte après sa garde à vue.
Je reviens du procès orwellien et « malaisant » intenté par Brigitte Macron à onze citoyens français.
Interrogatoire sans fin et parfois un peu incisif du premier prévenu, un informaticien de 49 ans qui avait un petit compte à 400 abonnés… et qui a produit ou partagé 9 tweets… https://t.co/cqHFTPcT6G— Tribune Libre (@TribuneLibre1) October 27, 2025
Les absents et les silencieux
. Le quatrième prévenu, handicapé à 80%, a exercé son droit au silence. Son avocat a révélé un passé douloureux : élevé en famille d’accueil où il a été agressé sexuellement. Aujourd’hui, il publie encore « 50 tweets par jour ».
. Puis vint le tour d’Amandine Roy, la médium. La gorge nouée, elle a invoqué son « droit au silence », laissant son avocate plaider plus tard. Elle dénonce un « harcèlement judiciaire » qui l’empêche de exercer son métier. Condamnée en première instance pour diffamation en septembre 2024, elle a été relaxée en appel le 10 juillet dernier. « Brigitte » Macron et son mystérieux frère se sont pourvus en cassation.
. La sixième prévenue, une accompagnatrice d’enfants handicapés gagnant moins de 1000€ par mois, était représentée par son avocat. Bisexuelle elle-même, elle affirme ne pas être dérangée par la prétendue transidentité. Ses messages sont un « moyen de pression » contre un « président inquiétant ».
Cameo et suspense
En point d’orgue de cette journée surréaliste : l’entrée remarquée de Juan Branco dans la salle d’audience. L’avocat est venu saluer son « habituel client » Aurélien Poirson-Atlan avant de ressortir, ajoutant une touche de théâtralité à ce procès qui n’en manquait pourtant pas.
La journée s’est achevée à 21h04, laissant dans l’ombre les trois derniers prévenus qui seront interrogés demain. Le fond de l’affaire – la vérité sur l’identité de Brigitte Macron – n’a bien sûr jamais été abordé. Seul comptait le message : celui qui s’interroge trop bruyamment sur Jean-Michel Trogneux risque désormais la prison.
Demain, la fille de Brigitte Macron assistera à l’audience. Gageons que la salle, elle, sera enfin assez grande pour l’accueillir.
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