Son témoignage est un réquisitoire accablant contre une justice à deux vitesses. Alors que les responsables politiques et policiers bénéficient de délais indécents, Jérôme Rodrigues, lui, subit un acharnement procédurier : dossiers perdus, enquêtes au point mort, presse silencieuse. « Pourquoi un flic condamné en première instance peut faire appel et me faire encore patienter quatre ans ? », interroge-t-il, épuisé. La réponse est cruelle : parce que la France préfère enterrer ses victimes plutôt que d’affronter ses fautes.
Gilet jaune pacifique, Jérôme Rodrigues n’a jamais cassé de vitrine, ni brûlé de voiture – seulement exercé son droit à manifester. Pourtant, il paie le prix fort : perte d’un œil, vie brisée, famille éclatée. « Je suis fiché S, interdit de travail, logé en urgence… Quand est-ce que l’État assumera ce qu’il m’a fait ? » La question reste sans réponse.
Entre les légions d’honneur distribuées aux puissants et les mutilés laissés-pour-compte, le gouvernement envoie un message clair : certaines vues comptent moins que d’autres. Mais Jérôme Rodrigues refuse de se taire. Et tant que son dossier restera dans l’ombre, il sera le symbole vivant d’une démocratie en lambeaux.
Il y en a beaucoup qui sont dans le même cas.