Macaron roi de France et du Tchad !

Économie, Politique

mise à jour le 26/04/21

Idriss Déby Macron

1990. Un coup d’État au Tchad, organisé par les trois « E » : Elysée, état-major, Elf, met Idriss Deby au pouvoir. Hissène Abré était trop sanguinaire. C’est exact. Il vient d’être condamné au Sénégal pour crimes contre l’humanité, mais ce n’est pas la vraie raison du coup d’État. Elf n’arrivait pas à implanter ses puits de pétrole. Avec Idriss Deby, reconnaissant, le pays s’ouvre aux derricks d’Elf. Le nouveau président se met d’ailleurs  très vite à concurrencer son prédécesseur question massacres, tortures en tout genre… Il y a tout de même un vernis démocratique avec des élections gagnées à 79,32 %… C’est ce qu’on appelle un coup d’État parfaitement réussi.

La description de ses crimes dans « Noir silence » de François-Xavier Verschave ne lui ayant pas plu, Idriss Déby l’accuse de diffamation. Au cours des audiences, l’« accusé » déclare : « Monsieur le Président. Je ne vais évidemment pas faire la liste de tous les crimes et assassinats commis sous la responsabilité de M. Déby, dès 1979 et 1980, quand il était chef d’état-major et l’un des principaux responsables du régime de son prédécesseur, Hissène Abré, puis à partir de sa prise du pouvoir en 1990, parce que cela nous occuperait tout l’après-midi. » En effet on peut passer un après-midi à lire « Noir silence ». Idriss Déby est débouté de sa plainte.

Les intérêts français au Tchad : Areva, Bolloré, Bouygues…

Le Tchad représente avant tout une base militaire à cause de ses frontières avec le Centrafrique, le Soudan, la libye, le Niger, le Nigeria et le Cameroun. 

Ses matières premières sont appréciées de nos hommes d’affaires : pétrole, gaz, or, argent, platine, diamant. La Banque mondiale s’est retirée du projet pétrolier ; Exxon a remplacé Elf. En revanche Bouygues et Bolloré participent aux travaux. C’est la curée. Areva y participe. Le baril tchadien est cédé 32 dollars à ExxonMobil, alors que le cours normal frôle les 70 dollars. Les Zaghawas, dont fait partie Déby sont 2 % de la population, mais font régner la terreur sur tout le pays. C’est ce que les Occidentaux apprécient : une dictature stable sur un pays, divisé entre ethnies et partis, et même sur toute une région, le Sahel, en plein chaos à cause d’une chasse à l’invisible terroriste Boko Haram. Il est facile d’exploiter le pétrole dans une zone de non-droit perpétuellement en guerre.

Les intérêts du clan Déby au Tchad

La rente pétrolière constitue 70 % des ressources du clan Déby. Quant au coton du Sud, à peine est-il récolté et vendu, que la Garde Républicaine débarque et rafle tout, ne laissant aux paysans que viols et assassinats.

Une campagne électorale au Tchad

Le 28 février, à l’aube, des chars d’assaut encerclent le domicile de Yaya Dillo, ex-rebelle, ex-ministre et candidat à l’élection présidentielle au Tchad. Au moins trois personnes perdent la vie, dont la mère de l’opposant, lequel est exfiltré. La France réagit mollement. J-Y Le Drian, ministre des Affaires étrangères, appelle à une enquête impartiale, rappelant au passage les antécédents judiciaires de Yaya Dillo, comme pour atténuer la gravité des faits

La « disparition » du président Idriss Déby

20 avril 2021. L’armée annonce à la télévision la mort du président tchadien, des suites de blessures dans des combats contre le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), entré sur le territoire le 11 avril, depuis sa base arrière libyenne. Une autre version est qu’il aurait été tué lors d’une réunion dans un lieu fermé avec des militaires de son armée qui auraient rejoint le FACT (dont son fils et d’autres généraux mécontents de le voir réélu pour la sixième fois). Le fait que la réunion se soit tenue dans un lieu fermé expliquerait que plusieurs généraux aient été tués au même moment. Les généraux ne meurent pas à la guerre, d’habitude. Ils dirigent les combats derrière leurs troupes.

Un coup d’État militaire

Mort du président le jour de la proclamation de son élection, dissolution du gouvernement et de la Chambre des députés, report à un an et demi de prochaines élections « libres et démocratiques » (à quoi bon le préciser, sinon pour dire que celles qui viennent d’avoir lieu ne l’étaient pas), pleins pouvoirs à un conseil militaire dit de transition (ce qui n’est prévu nulle part dans la Constitution révisée de décembre 2020)… aucun  doute : il s’agit bien d’un coup d’État. Quant au conseil, on y voit la même équipe : outre Mahamat Idriss Déby, des généraux proches d’Idriss Déby, des membres de sa famille et de sa tribu, des Zaghawas. L’opposition (partis, généraux) crie au coup d’État.

La Françafrique rend hommage à son héros

Le Figaro du 20 avril 2021 : Titre : « Tchad: Idriss Déby, la mort les armes à la main. » « Idriss Déby est mort comme il a vécu. En soldat. »
Le Monde du 21 avril  2021 : [Idris Déby] « n’aura cessé de se poser en rempart contre les chaos de la région ».
Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, le 21 avril  2021,  salue « un homme de courage, un homme passionné de son pays ».

Une situation économique désastreuse

Les revenus de l’État reposant à 70 % sur le pétrole, la baisse des cours déséquilibre le budget de la famille Abré (qui se confond avec celui de l’État).
A deux reprises, Glencore, multinationale suisse spécialisée dans les mines et le négoce des matières premières, octroye deux prêts à l’État tchadien. Le dernier prêt est adossé à Natixis, au Crédit Agricole, à la Société Générale et à la Deutsche Bank. Ce deuxième prêt enfonce le pays dans une impasse économique.
Le gouvernement se soumet au FMI pour obtenir d’autres prêts et rester au pouvoir. Le poids de la corruption, des prêts et des mesures d’austérité imposées par les exigences du FMI pèse sur le peuple qui n’a aucunement bénéficié des retombées du pétrole.

Le « rempart contre le terrorisme » coûte cher à la France

Si la manne pétrolière s’amenuise, la rente diplomatique s’accroît. Paris renfloue les caisses, car Déby se présente comme indispensable. A sa demande, Macron engage Mirages 2000D, drone Reaper et ravitailleurs C135 pour bombarder plus d’une vingtaine de fois,  la région de l’Ennedi au nord-est du pays où se trouve le mouvement rebelle de l’Union des forces de la résistance.

Le président le plus riche du monde, la population la plus pauvre

Mort le mardi 20 avril, le défunt président tchadien Idriss Deby laisse dernière lui une fortune de près de 145 millions d’euros. Au cours de son règne, il a bradé le pays. Des secteurs de l’économie nationale comme les banques, l’imprimerie nationale, ont été privatisés à vil prix au milliardaire camerounais Fotso. Certains camps militaires et de grandes zones au centre de N’Djamena ont été cédés à la Libye.

Tandis que le clan au pouvoir fait la fête, le peuple survit à grand peine. Salaire moyen : 58 $ par mois ; mortalité infantile : 71 %, espérance de vie : 55,7 ans pour les hommes, alphabétisation : 33,6 %…  L’exode rural s’amplifie, la capitale, N’Djaména, est un gros village sale où il n’y a ni eau ni électricité, les rues ne sont pas goudronnées, la pénurie et l’insécurité règnent.

Barkhane bombarde des civils

Officiellement la présence de terroristes islamistes au Sud libyen est l’argument d’autorité justifiant l’intervention de Barkhane et de la force du G5 (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad). Pourtant les groupes rebelles tchadiens ne figurent pas sur la liste des mouvements terroristes de l’ONU. Ce sont, par exemple, des civils orpailleurs que le clan de Deby bombarde pour s’accaparer les mines de Miski. Le ministre de la Sécurité l’avoue : « Il y a des mercenaires, des terroristes, des esclavagistes, qui ne veulent pas que le gouvernement, l’Etat, mette la main sur ces ressources-là ! »
L’approche de la situation par l’Armée française uniquement sous l’angle du « terrorisme », tout en ignorant les revendications sociales et politiques, empêche de traiter les causes de ces insurrections. De plus, la présence de l’opération Barkhane contribue à légitimer la posture de résistants des djihadistes face à une armée d’occupation.

Après le coup d’État, les affaires continuent

Le président du conseil militaire de transition a reçu l’ambassadeur de la République démocratique de France. Comme en 1990, la Françafrique reconnaît un coup d’État comme gouvernement légitime. Emmanuel Macron (République Démocratique de France) et le représentant de la diplomatie européenne Josep Borrell assistent aux obsèques de Idriss Déby. Vingt coups de canon seront tirés. La population est priée de rester calme (la rébellion serait à environ 300 km).

Une dizaine de chefs d’État ou leurs représentants sont là : Félix Tshisekedi (Congo-Kinshasa), Mohamed Bazoum (Niger), Alpha Condé (Guinée), Bah N’Daw (Mali), Joseph Beti Assomo (cameroun), Mohamad Ould Ghazouani (Mauritanie), Rose Christina Ossouka (Gabon), Abdel Fattah al-Burhan (Soudan), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso)…

L’Europe et la Françafrique sont donc les seuls Occidentaux pour veiller à la bonne marche de la transition démocratique vers des élections démocratiques. Cherchez l’intrus.

Jacqueline pour Le Média en 44-2.

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