Le 2 mars dernier, à la maternité de Charleville-Mézières, Mathilde et Loïc accueillent leur première enfant : une petite Romy. Tout va bien. Jusqu’au moment où ils récupèrent l’acte de naissance et découvrent, en voiture, que leur fille est officiellement de sexe masculin. Petite erreur de saisie, classique.
Ils retournent illico à la mairie. On leur appose une mention en bas de page : « Rectifiée par décision de l’officier de l’état civil… l’intéressée est de sexe féminin. » Parfait, on respire. Sauf qu’en avril, le livret de famille indique toujours « de sexe masculin ». Et que le numéro de Sécurité sociale de Romy commence par 1, comme pour les garçons.
Retour à la case mairie. Là, la sentence tombe, froide et définitive :
« Cela ne pourra jamais être modifié. »
Et pour la touche humaine : « L’erreur est humaine ! Il n’y a que ceux qui ne travaillent pas qui ne se trompent pas. »
Résultat : Romy est désormais « officiellement… le fils de Mathilde et Loïc » sur certains extraits. La Sécurité sociale doit ouvrir un litige avec l’INSEE. Les parents vont devoir harceler un par un tous les organismes publics pour que leur fille ne se retrouve pas, à 18 ans, convoquée pour un recensement militaire ou interdite d’accès aux vestiaires filles.
Bienvenue dans la République française, où l’on ne peut pas corriger une faute de frappe sur le sexe d’un nouveau-né parce que « les registres sont protégés », mais où l’on peut, en revanche, changer de sexe à l’état civil sur simple déclaration si l’envie vous prend à l’âge adulte. Priorités.
L’adjoint au maire a présenté ses excuses. « Erreur inacceptable », a-t-il reconnu. Mais impossible d’effacer. C’est figé. Dans le marbre. Comme la dette publique, les files d’attente à La Poste et le sens de la circulation à Paris.
Romy a trois mois. Elle a déjà gagné le droit d’être un cas d’école administratif. Ses parents, eux, ont gagné le droit de découvrir que, dans ce pays, même quand on a raison, même quand tout le monde voit que c’est une fille, même quand c’est une erreur de saisie de trois lettres… l’État a toujours le dernier mot. Et ce mot, c’est : « Non. » Bienvenue en France, pays des droits de l’Homme… et des erreurs immuables.
Notre bureaucratie suscite l’étonnement même chez les Américains. Sebastian Marx en témoigne car il vaut mieux en rire.
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