Conflits

Frappes israéliennes au Liban : Jawad Ali Ahmad, 9 ans, qui avait accueilli le pape Léon XIV, est mort, après quatre jours sous les décombres

Jawad Ali Ahmad avait neuf ans. Originaire de Hayy el-Sullom, un quartier populaire de la banlieue sud de Beyrouth, il incarnait cette jeunesse libanaise qui, malgré les crises et les guerres, parvenait encore à sourire. Jusqu’à ce 8 avril 2026, date que les Libanais appellent déjà le « mercredi noir ». Ce jour-là, l’armée israélienne a déversé plus d’une centaine de frappes en dix minutes sur l’ensemble du territoire libanais. Bilan officiel : 357 morts, plus de 1 000 blessés, majoritairement des civils. Jawad figurait parmi eux. Sa maison, touchée de plein fouet, s’est effondrée sur lui. Piégé sous les décombres pendant quatre jours, son corps ne sera retrouvé que le 11 avril.

mise à jour le 28/04/26

Léon XIV porte désormais l’image d’un enfant qu’il a béni en novembre, et qu’Israël a enterré en avril.

Le sourire qui a ému un pape

Quelques mois plus tôt, en novembre 2025, Jawad avait marqué les esprits. Vêtu de son uniforme de scout, drapeau libanais au bras, il avait accueilli le pape Léon XIV dans les rues de Beyrouth avec une énergie communicative. « Le meilleur pape du monde… je respecte toutes les religions », avait-il lancé, spontané, devant les caméras. Les images de cet enfant rayonnant, symbole d’une coexistence fragile dans un pays déchiré par les divisions confessionnelles, avaient fait le tour des réseaux sociaux. Le souverain pontife, touché, avait gardé sur lui une photo de Jawad, « celui qui [l’avait] accueilli avec tant de ferveur ».

De l’espoir à la fosse commune

Aujourd’hui, cette photo est devenue un reliquat macabre. Jawad, l’enfant qui incarnait l’espoir d’un Liban pluriel, repose sous terre, victime d’une guerre qui n’épargne ni les églises ni les mosquées, ni les scouts ni les écoles. Son histoire résume le cauchemar libanais : un pays pris en étau entre Israël et le Hezbollah, où les civils paient le prix fort d’un conflit qui les dépasse. Chaque bombe israélienne, présentée comme une « frappe chirurgicale », ajoute des noms à la liste des morts. Celui de Jawad y figure désormais, entre ceux d’un vieux couple de Tyr et d’une famille entière de Baalbek.

La logique implacable des « dommages collatéraux »

Pour l’État hébreu, ces victimes sont des « dommages collatéraux », une expression aseptisée qui masquerait presque l’horreur : des corps déchiquetés, des vies brisées, des familles détruites. À Beyrouth, on enterre ses enfants. À Tel-Aviv, on justifie les frappes par la « lutte contre le terrorisme ». Personne ne demande leur avis aux 357 morts du 8 avril. Personne, surtout, ne rendra à Jawad ses neuf ans, son uniforme de scout, ou son sourire pour le pape.

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