Le dossier « Elon Musk et la géopolitique technocratique » dévoile les racines profondes de l’actuel virage américain. Face à l’échec de l’hégémonie libérale globale, Washington opère un retour au réalisme géopolitique et à l’échelle continentale. Ce « grand espace » nord-américain, évoqué par Donald Trump, n’est pas une lubie mais la résurgence d’un vieux projet. Dans les années 1930, le mouvement technocratique, prônant un gouvernement d’ingénieurs et l’abolition du système monétaire au profit d’une gestion énergétique de la société, envisageait déjà cette structure. Or, l’un de ses cadres influents n’était autre que Joshua Haldeman, grand-père maternel d’Elon Musk.
Cet héritage idéologique, transmis et adapté, éclaire les ambitions actuelles : fusionner high-tech, souveraineté continentale et réorganisation manageriale du politique, pour rivaliser avec les blocs eurasiatiques. Cette vision, teintée de césarisme et portée par des réseaux d’oligarques de la Silicon Valley, vise à substituer à l’ancien ordre mondial un « nomos » nouveau, où la technique promet d’éradiquer la pauvreté comme l’aléa démocratique, au risque de refermer l’histoire dans un fonctionnalisme totalitaire.
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