Religion

L’historien Vincent Lemire : « Il y a des crachats sur des chrétiens presque tout le temps à Jérusalem. Ils se sentent autorisés à passer à l’acte. »

Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem et professeur d’histoire contemporaine, a évoqué les agressions répétées contre les chrétiens dans la Vieille Ville. À propos de l’agression d’une religieuse le 28 avril, il a lancé, amer : « Rien d’étonnant. Les crachats sur les chrétiens sont quasi quotidiens. Leurs auteurs se croient autorisés, couverts par des ministres messianiques. »

mise à jour le 03/05/26

À Jérusalem, les crachats ne sont plus des insultes, mais une tradition revendiquée par le pouvoir en place.

L’impunité comme dogme

Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes à Jérusalem, où vidéos et témoignages attestent régulièrement de harcèlements ciblant pèlerins, prêtres ou nonnes. Pour Vincent Lemire, ces actes ne sont pas isolés, mais relèvent d’un phénomène systémique, nourri par un sentiment d’impunité distillé par des figures politiques extrémistes.

Ben Gvir, le prédicateur de l’outrage

Itamar Ben Gvir, ex-ministre israélien de la Sécurité nationale, assume avec cynisme une tradition macabre : « Cracher sur les chrétiens est une coutume juive. » Les incidents se multiplient, sordides et documentés : des pèlerins portant la croix humiliés par des crachats dans la rue Shaar Aryot, des agressions similaires lors des fêtes de Souccot. Elisha Yered, ancien porte-parole d’une élue d’Otzma Yehudit, tente de légitimer ces actes en invoquant une « ancienne tradition », détournant une bénédiction religieuse pour justifier le mépris envers les « adorateurs d’idoles ». Quant à Ben Gvir, il martèle, sans remords : « Ce n’est pas un crime. »

L’humiliation en routine

Les témoignages pleuvent, accablants. Robby Berman, guide à Jérusalem, résume l’atmosphère : « C’est quotidien. » Les exemples abondent : un soldat de Tsahal crachotant sur un archevêque arménien en pleine procession, un centre communautaire maronite vandalisé. Une violence qui, loin d’être condamnée, est parfois revendiquée par l’extrême droite israélienne, malgré les protestations désespérées des communautés chrétiennes.

Une banalisation inquiétante

Vincent Lemire, ancien directeur du Centre de recherche français de Jérusalem, met en lumière un climat où des actes qualifiés d’agressions ailleurs deviennent des gestes « autorisés » aux yeux de certains groupes ultra-orthodoxes. Sans généraliser, son analyse souligne une dérive : la banalisation de ces incidents, alimentée par les discours de ministres ou d’élus messianiques, qui renforcent chez les auteurs un sentiment d’impunité. Ces faits, documentés par des vidéos de surveillance et des reportages, posent une question lancinante : jusqu’où ira la détérioration de la coexistence religieuse dans cette ville sainte pour les trois monothéismes ?

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