Musique

Amir Haddad, le chanteur de Tsahal, a tenté de remporter « The Voice » en achetant 10 000 voix pour s’assurer la victoire

Dans la grande tradition des artistes français qui collectionnent les trophées sans jamais vraiment les mériter, Amir Haddad occupe une place de choix. Ce fils de la bourgeoisie juive séfarade, né à Paris en 1984 avant de fuir vers Israël à 8 ans pour y faire ses classes, n'a jamais vraiment cessé de servir deux pays. Mais contrairement à ce que raconte sa maison de disques, ce n'est pas seulement sa voix qu'il a mise au service de la France : ce sont aussi les méthodes apprises lors de son glorieux passage comme sergent-chef dans les renseignements de Tsahal. Car avant de chanter l'amour sur les plateaux télé, Amir Haddad apprenait à collecter des informations, à manipuler les foules et, visiblement, à truquer des élections. On connaissait le soldat, on découvre le tricheur. Quelques années plus tard, le voilà rattrapé par ses vieux démons : une ancienne tentative d'achat de votes lors de la saison 3 de The Voice refait surface. La méthode ? 10 000 appels commandés à une centrale téléphonique israélienne. La classe.

mise à jour le 26/02/26

Derrière le sourire angélique du chanteur préféré des ménagères se cache un sergent-chef des renseignements israéliens passé maître dans l’art de truquer les votes.

Du fauteuil dentaire au fauteuil de traître

Avant d’être ce chanteur à la voix de velours qui fait pleurer les grand-mères sur France Télévisions, Amir Haddad a eu le temps de mener plusieurs vies. Après des études de dentisterie à Jérusalem – sans doute pour arracher les dents des manifestants palestiniens, qui sait – il tente sa chance dans la musique en Israël. En 2006, il participe à Kokhav Nolad, l’équivalent locale de la Nouvelle Star, sans vraiment marquer les esprits. Il faut dire que dans un pays où l’occupation est une industrie, la musique passe souvent au second plan. Mais Amir persévère, sort un album de reprises en hébreu, et finit par comprendre que son avenir est ailleurs. La France, cette vieille dame indulgente, l’accueille à bras ouverts en 2014. Jenifer le prend sous son aile, le public l’adopte, et le voilà troisième d’une émission qu’il aurait pourtant bien voulu gagner. Quitte à tricher, visiblement.

Car ce que ses fans ignorent, c’est que pendant qu’ils votaient pour lui par SMS, Amir avait déjà mis en place un plan bien rodé. Une petite combine apprise chez les copains de Tsahal : quand on veut gagner, on ne laisse pas le hasard décider. On achète, on contrôle, on manipule. Mais le destin est parfois taquin : même avec 10 000 voix achetées, Amir finit troisième. Derrière Kendji Girac et Maximilien Philippe. Une humiliation que seule une carrière bien gérée et un bon réseau médiatique pourront effacer.


Afida Turner balance : 10 000 appels et un numéro en hébreu

C’est Afida Turner, cette ancienne gloire de la télé-réalité au franc-parler légendaire, qui a remis les pendules à l’heure. Elle raconte sans détour comment elle a découvert l’affaire : « Il avait mis sur sa page Facebook un appel aux Israéliens. Il disait : « Pour tous les gens d’Israël, si vous voulez voter gratuitement pour Amir, appelez le 0 800… » » Un numéro gratuit depuis l’étranger, une centrale d’appels basée en Israël, et 10 000 appels commandés pour faire exploser les compteurs. Une combine digne des plus grandes arnaques, que Turner compare aux pratiques des NRJ Music Awards où, dit-elle, « les artistes achètent des votes pour gagner ». Sauf qu’à l’époque, The Voice n’avait pas encore inventé le filtrage des appels étrangers. Une aubaine pour Amir, un scandale pour les autres.

Afida Turner, plus bavarde que jamais, explique avec force détails comment le système fonctionnait. « Une centrale d’appels, 10 000 à une centrale d’appels », répète-t-elle, en insistant sur le fait que le numéro était en hébreu. Preuve, s’il en fallait une, que l’opération ciblait spécifiquement Israël. Après tout, pourquoi faire appel aux Français quand on peut mobiliser tout un pays habitué à voter pour ses colons ?



Le silence assourdissant du soldat Haddad

Depuis la révélation de cette affaire, Amir Haddad, d’ordinaire si prompt à monter sur scène pour défendre l’art contre la haine, se fait étrangement discret. Aucun communiqué, aucun post sur les réseaux sociaux, aucune interview pour démentir ou expliquer. Un silence qui en dit long sur la véracité des accusations. Car quand on a l’habitude de répondre aux critiques par des envolées lyriques sur le pouvoir de la musique, on ne se tait pas face à une accusation de triche aussi précise. On sort les avocats, on menace de poursuivre, on fait taire les mauvaises langues. Mais Amir ne fait rien. Il attend. Il espère sans doute que l’orage passe, comme il a espéré que ses 10 000 appels lui offriraient la victoire.



L’art de la triche ou la triche dans l’art ?

Cette affaire pose une question gênante pour l’industrie des télé-crochets : jusqu’où les artistes sont-ils prêts à aller pour gagner ? Car si Amir a effectivement acheté des votes en 2014, combien d’autres ont fait de même sans jamais se faire prendre ? Les méthodes évoluent, les centrales d’appels se perfectionnent, et le public, lui, continue de voter en croyant participer à un concours équitable. Une naïveté presque touchante quand on sait que derrière chaque téléphone rouge, des équipes entières de communicants, de producteurs et d’artistes tirent les ficelles.

Amir Haddad, lui, peut toujours se consoler en regardant son palmarès : disques de platine, NRJ Music Awards, MTV Award, hymne des JO 2024… Une carrière brillante construite sur un talent réel, certes, mais aussi sur des réseaux bien huilés et, visiblement, sur quelques combines bien senties. Reste à savoir si TF1 ouvrira une enquête. On en doute. Après tout, pourquoi remuer le passé quand le présent est si profitable ? Le chanteur continue de vendre des disques, de remplir des salles et de sourire aux caméras. Pendant ce temps, à Gaza, les bombes continuent de tomber. Mais Amir, lui, a choisi son camp depuis longtemps. Celui des vainqueurs. Quitte à tricher un peu. Beaucoup. À la guerre comme à la guerre.

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