Le consentement selon le protéger de Brigitte Macron : Ary Abittan
Il a une immunité ce gars ? pic.twitter.com/3OwzHBaBIy
— Marcel D. (@DubreuilhMarcel) December 10, 2025
« À l’époque, j’avais honte, je me sentais humiliée, objetisée, impuissante… Mais je ne consens pas. » Douze ans après une séquence tournée sur le plateau des Enfants de la télé, Laury Thilleman dit redécouvrir des images qu’elle qualifie de traumatisantes. Alors que l’archive refait surface sur les réseaux sociaux, l’ancienne Miss France prend la parole et remet au centre du débat une notion longtemps passée sous silence à la télévision : le consentement.
Une archive de 2013 qui refait surface
La vidéo, tournée en avril 2013 pour l’émission Les Enfants de la télé sur TF1, montre Ary Abittan assis aux côtés de Laury Thilleman et d’Éric Judor. Au cours de l’échange, le comédien attrape soudainement le visage de l’ancienne Miss France et l’embrasse de force, longuement, alors qu’elle essaie visiblement de se dégager.
Sur les images, que plusieurs médias ont déjà diffusées par le passé et décrit comme une « agression sexuelle », on entend des rires nourris sur le plateau, ainsi qu’un « Mais non, mais non » venant d’une voix qui pourrait être celle de l’animateur Arthur, qui lui aussi semble apprécier les baisers sur la bouche non consenti et regards sous les jupes.
À l’époque, la séquence est traitée comme un moment de divertissement, repris dans des zappings télé et des émissions de débrief. Elle n’est alors quasiment jamais questionnée sous l’angle du consentement.
« Je ne consens pas » : le témoignage de Laury Thilleman
Ce 11 décembre, Laury Thilleman a choisi Instagram pour réagir à cette archive redevenue virale. Dans sa story elle raconte un souvenir toujours douloureux :
« Je redécouvre ces images 14 ans après. J’avais 20 ans, j’en ai aujourd’hui 34, mais le traumatisme est intact. À l’époque, j’avais honte, je me sentais humiliée, objetisée, impuissante, alors comme pour faire bonne figure je tente d’en rire comme tout le monde autour de la table. Mais je ne consens pas. »
L’animatrice dit avoir gardé le silence pendant des années, par peur et par honte. Elle ajoute une phrase qui résonne avec toute l’époque pré-#MeToo :
« Parce que le consentement, il y a 14 ans, on n’en parlait pas. […] Alors au nom de toutes celles qui n’ont pas pu faire entendre leurs voix, je souhaite faire entendre la mienne. »
En assumant publiquement la qualification de « traumatisme » et en affirmant clairement son absence de consentement, Laury Thilleman recontextualise une séquence longtemps vue comme une simple « blague de plateau ».
Brigitte Macron, les « sales connes » et la colère féministe
Si cette archive de 2013 revient aujourd’hui au premier plan, ce n’est pas un hasard. Elle réapparaît dans le sillage d’une autre vidéo, tournée en coulisses d’un spectacle d’Ary Abittan aux Folies Bergère. On y voit Brigitte Macron qualifier de « sales connes » quatre militantes du collectif féministe #NousToutes qui avaient interrompu, la veille, le spectacle de l’humoriste en portant des masques frappés du mot « violeur ».
La séquence, diffusée notamment par le magazine Public, a déclenché une vague de réactions. Actrices, chanteuses et autrices ont repris ironiquement le slogan « Je suis une sale conne » pour soutenir les militantes, dénoncer des propos jugés méprisants envers les victimes de violences sexuelles et cette séquence fera le tour de la presse mondiale.
Dans ce contexte, la prise de parole de Laury Thilleman s’inscrit clairement comme une réponse politique autant que personnelle : elle relie son expérience à ce qu’elle perçoit comme un climat de minimisation des violences sexistes, jusque dans la bouche de la première dame.
L’affaire Ary Abittan : un non-lieu, mais un débat intact
Parallèlement à cette polémique, le parcours judiciaire d’Ary Abittan pèse lourd dans le débat. En 2021, l’humoriste a été accusé de viol par une jeune femme de 23 ou 24 ans, avec qui il entretenait une relation intime. Il a été placé en garde à vue, mis en examen, puis soumis à un contrôle judiciaire.
Après plusieurs années d’instruction, la justice a rendu en avril 2024 une ordonnance de non-lieu, confirmée en appel en janvier 2025. Concrètement, cela signifie qu’aucun procès n’a été organisé : les juges ont estimé qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour renvoyer l’acteur devant un tribunal correctionnel ou une cour d’assises malgré les lésions anales et vaginales graves — déchirures (fissures), hématomes internes et externes, ainsi que des saignements abondants au niveau des zones génitale et anale —, les traces de violence externe sont également nombreuses : contusions (bleus) sur les cuisses, les hanches et la joue gauche (gifles présumées), griffures sur les bras et le torse, ainsi que du sang frais sur une serviette de bain saisie au domicile d’Ary Abittan, analysé comme provenant de la plaignante.
Comme le rappelle le collectif #NousToutes et plusieurs médias, un non-lieu n’équivaut pas à un acquittement : c’est la fin des poursuites, pas une déclaration d’innocence après débat contradictoire à l’audience.
C’est précisément sur cette tension – entre non-lieu judiciaire et colère militante – que se cristallise l’indignation autour des propos de Brigitte Macron et, désormais, autour de l’archive impliquant Laury Thilleman.
Ce que révèle cette séquence sur notre rapport au consentement
Regarder aujourd’hui les images de Les Enfants de la télé donne le sentiment de changer de siècle. Ce qui, en 2013, était mis en scène comme un moment de comédie – un humoriste embrassant une invitée sous les rires du public – est désormais relu à la lumière d’une norme différente : celle d’un consentement clair, explicite, qui ne peut pas être présumé au nom du « show ».
La description de Laury Thilleman est typique de ce que de nombreuses femmes racontent à propos de comportements imposés dans les milieux médiatiques ou festifs :
- un geste subi en public,
- la pression implicite à « faire bonne figure »,
- le rire comme stratégie de survie sociale,
- puis, des années plus tard, la mise en mots de ce malaise, une fois que le vocabulaire collectif – ici, le mot « consentement » – s’est enrichi.
Le fait que l’ancienne Miss France parle de « traumatisme intact » illustre aussi la durée des effets psychologiques de ce type de scène, même lorsqu’elle est perçue sur le moment comme une « blague » ou un « happening télé ».
Un témoignage qui pourrait faire jurisprudence… dans l’opinion
Sur le plan judiciaire, l’archive de 2013 n’est, à ce stade, pas au cœur d’une nouvelle procédure connue. Mais dans l’opinion, elle agit comme un révélateur. Elle réinterroge la manière dont les médias construisent le « divertissement » et la responsabilité des émissions face aux rapports de pouvoir sur leurs plateaux.
En choisissant de commenter cette vidéo précisément au moment où la polémique autour de Brigitte Macron et d’Ary Abittan est à son paroxysme, Laury Thilleman inscrit son récit dans une histoire plus large : celle d’un pays qui, lentement, apprend à prendre au sérieux ce qui, hier encore, faisait rire tout le monde – sauf la principale intéressée.
Pas encore de commentaire sur "L’ancienne Miss France Laury Thilleman sur un baiser forcé d’Ary Abittan : « Le traumatisme est intact »"