En février 2023, le gouvernement d’Elisabeth Borne, avec l’accord de l’Élysée, avait accordé une dérogation à la multinationale contre l’avis du directeur général de la santé, Jérôme Salomon, et de l’Inspection générale des affaires sociales. À présent le directeur général de l’ARS Occitanie préconise d’interdire la production d’eau minérale naturelle à Vergèze, et ce pour l’ensemble des forages exploités. Concrètement, cela signifierait la disparition de la célèbre marque d’eau gazeuse Perrier.
Les eaux minérales sont vendues 100 fois plus cher que l’eau du robinet. Or 30 % des marques du groupe Nestlé non seulement ont recours à des systèmes de purification interdits, mais aussi à des mélanges d’eaux dites minérales ou de source avec de l’eau… du robinet.
Un scandale d’État
Yasmine Motarjemi, ex-directrice de la sécurité des aliments du groupe Nestlé, devenue lanceuse d’alerte, juge l’affaire Nestlé Waters symptomatique de la connivence entre les politiques et la multinationale. Emmanuel Macron, Élisabeth Borne, Alexis Kohler, Agnès Pannier-Runacher, Olivier Véran, connaissaient les pratiques trompeuses de l’entreprise, pourtant autorisée à continuer de commercialiser ses eaux polluées secrètement filtrées.
Transparency International exige la publication des rendez-vous non déclarés entre Nestlé et l’exécutif français. Mathilde Panot, présidente du parti LFI à l’Assemblée nationale, a saisi la justice pour ce qu’elle qualifie de « scandale d’État ».
Alexis Kohler a refusé de comparaître devant la commission d’enquête du Sénat. Les sénateurs de la commission d’enquête sur Nestlé n’ont pas signalé à la Justice le refus de témoigner d’Alexis Kohler. Début mars, c’est un député, Eric Coquerel (LFI), qui a saisi la Justice pour demander des poursuites. Selon une ordonnance de 1958, toute personne qui ne comparaît pas ou refuse de déposer ou de prêter serment devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement, et de 7 500 € d’amende.
Début février, Emmanuel Macron a assuré qu’il n’y avait eu ni « entente » ni « connivence » avec Nestlé. Selon l’enquête du Monde et Radio France, de nombreux échanges de courriels et de notes ministérielles montrent que l’exécutif a privilégié les intérêts de Nestlé au détriment de ceux des consommateurs en laissant le groupe suisse continuer à commercialiser une eau qu’il savait non conforme à la réglementation.
En avril 2024, trois millions de bouteilles Perrier avaient été détruites par précaution car contaminées par des bactéries.
En septembre 2024, Nestlé avait payé une amende de 2 millions d’euros pour éviter un procès, à la suite d’une plainte de l’ONG Foodwatch. Une sanction modeste par rapport aux profits de la multinationale.
D’après des informations de Radio France, environ 300 000 bouteilles de Perrier produites sur le site de Vergèze, dans le Gard, ont été considérées le 11 mars 2025 comme contaminées par des « bactéries pathogènes » (entérobactéries d’origine fécale) à la suite d’un contrôle interne. L’entreprise a mis dix jours pour prévenir les autorités sanitaires, au lieu de le faire immédiatement comme le code de la santé publique le lui impose.
Après treize ans de procès pour harcèlement contre son ex-employeur, qu’elle a gagné en appel en janvier 2023, la lanceuse d’alerte Yasmine Motarjemi se livre sur ces dysfonctionnements qui ont, selon elle, provoqué des drames chez les consommateurs, et qu’elle a vécus de l’intérieur : lait infantile contaminé, biscuits pour bébés responsables d’étouffements, fraude du « faux lait » au Cameroun…
Nestlé sera peut-être condamné à payer une amende, et après ? Sur un bénéfice de 11,4 milliards d’euros, les amendes sont prévues dans le budget. Aux États-Unis Nestlé a déjà été condamné 114 fois depuis 2000 pour un total de 20 263 630 $, dont trois condamnations pour infractions liées à la protection du consommateur pour 4 425 000 $ d’amende.
Conséquences sur l’emploi
Perrier emploie 1 000 salariés et la verrerie Owens qui produit ses bouteilles 162.
Le groupe américain Owens-Illinois, qui dégage aujourd’hui 800 millions d’euros de bénéfices dont 8 % sont dus au site de Vergèze, a annoncé la fermeture de sa verrerie le 8 avril. Les 162 salariés de Vergèze seront au chômage, mais le jour-même, le cours de l’action Owens a remonté.
Certains actionnaires se sont indignés de la gestion scandaleuse de Nestlé, mais ils ont été 92,28 % à en reconduire le conseil d’administration. En 2024, les douze membres du Conseil d’administration de Nestlé, tels les apôtres réunis par Jésus, rôle tenu par le président Paul Bulcke, se sont partagé l’habituel frugal repas de 10 millions d’euros, comme en 2023, comme en 2022, etc. L’entreprise, qui se porte bien, a pourtant prévu des économies de 700 millions de francs sur les 2,5 milliards projetés à moyen terme, mais pas sur les dividendes et divers jetons de présence.
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