Michel Butel : une presse écrite libre, c’est possible ?

Documentaire

mise à jour le 12/09/22

Michel Butel, écrivain, fondateur de plusieurs journaux, dont le quotidien "l'Imprévu" qui dura onze jours, était-il situationniste ? C'était avant tout un électron libre. Il est mort en 2018. Dans le film "Notre Monde", de Thomas Lacoste, il exposait son idéal d'une presse libre.

Les médias : de purs salopards

« Pensez que, avec le peu d’expérience, mais ça fait quand même 50 ans que je côtoie les dirigeants d’à peu près toutes les grandes institutions médiatiques et culturelles de France : elles sont dirigées par de purs salopards qui ont en commun au moins une chose avec les autres détenteurs de l’argent, c’est les principes. C’est-à-dire que ces grandes institutions criminelles de gauche sont dirigées par des gens qui pourraient diriger des banques – et qui d’ailleurs en viennent très souvent maintenant –, les grandes administrations de l’État, etc. C’est à peu près la même chose, ils utilisent les mêmes moyens. Un : pour créer, en fait détruire ; et deux : pour nous convaincre sans arrêt que plus rien n’est possible, que le monde à créer, c’est une pure folie d’imaginer ça. Comme s’ils instruisaient leurs enfants, chaque matin, qu’ils ont vraiment mal fait de les mettre au monde et que ça va se terminer bientôt cette partie de cauchemar. Et puis ils nous disent que la presse, elle n’est plus possible, le cinéma ce n’est plus possible, etc. »

Les journalistes : des commères

« Des journaux paraissent, ce ne sont pas des écrivains ou des artistes qui les écrivent, ce sont des commères, on appelle ça des journalistes. D’ailleurs la plupart du temps, ce sont des gens qui ne font pas un métier, mais qui font œuvre de servilité, de docilité, de soumission à l’argent, à tous les pouvoirs que l’on exècre, et dont ils devraient nous aider à nous débarrasser. »

Qu’opposer à cet argent vraiment criminel ?

« Je crois que les mesures à prendre sont très simples : écarter tout ce qui est nuisible. Et dans le monde de la presse, comme dans le monde de l’art, comme dans le monde de la politique, première mesure pratique : que tous ceux qui ont de l’argent, avec de bonnes et de mauvaises intentions (mais comme dans le monde de l’art et dans le monde de la politique, avoir de très bonnes intentions, c’est en avoir de très mauvaises), qu’ils s’en aillent, qu’ils laissent les personnes qui veulent faire des journaux, les faire sans argent, sans amis (sans amis en politique, comme dans l’art, c’est sans faux amis), qu’ils nous laissent tranquilles. »

La voix des événements vrais, qui se passent sur Terre

« Et toutes les petites communautés, toutes les bandes singulières vont de nouveau vivre un moment de grâce et vont pouvoir envoyer aux uns et aux autres, à toutes les autres personnes humaines présentes sur Terre, des journaux, qui seront autant de courriers intimes que l’on trouvera dans des kiosques, dans d’autres magasins, comme on trouve ces courriers dans nos boîtes aux lettres, ou comme on les trouvait encore naguère. Et peut-être qu’à ce moment-là, on entendrait à nouveau la voix, qui a juste besoin d’un haut-parleur, la voix des événements vrais, qui se passent sur Terre, et qui n’ont rien à voir en général avec ce que l’on croit important. »

Extraits de Notre Monde, film de Michel Butel, choisis par Le Média en 4-4-2.

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