Les pantoufles dorées de la commission européenne

Politique

mise à jour le 14/09/21

Emily O’Reilly, médiateur de l’UE, a lancé une grande enquête sur la façon dont la Commission européenne traite les cas où des fonctionnaires de l’UE traversent la rue pour des emplois dans le secteur privé.

Ce phénomène, appelé « portes tournantes, alias pantouflage », crée un risque de conflits d’intérêts, car le statut antérieur du personnel de l’UE, ses contacts, ses orientations et décisions législatives, ainsi que ses connaissances d’initié, peuvent profiter à ses nouveaux employeurs. Dans cette nouvelle enquête, annoncée mardi 18 mai, le « chien de garde » de l’UE examinera cent dossiers, où la Commission européenne a approuvé les demandes de transfert de cadres supérieurs et intermédiaires vers un nouvel emploi ou un congé non rémunéré pour entreprendre une autre activité. L’enquête couvrira 14 des 33 directions générales, tous les cabinets des commissaires, le service juridique de la commission, son secrétariat général, son groupe de réflexion interne et le comité de contrôle réglementaire. Cette « large portée » vise à fournir une vue d’ensemble de la manière dont ces décisions sont prises dans les différents services, a déclaré le Médiateur européen dans un communiqué.

« Une solide gestion de la question des “portes tournantes” est importante pour maintenir la confiance dans les institutions de l’UE », a déclaré M. O’Reilly, soulignant que son « effet corrosif » potentiel est souvent sous-estimé. « Nous faisons cela depuis de nombreuses années, mais je ne pense pas qu’il y ait une compréhension profonde de la raison pour laquelle cela est problématique », a-t-elle ajouté, de manière explicite. « L’administration de l’UE devrait être plus consciente de l’impression qu’elle donne au public lorsque des personnes ayant une expertise en matière de réglementation se déplacent vers le secteur privé où leurs connaissances et leurs réseaux peuvent avoir une valeur commerciale très significative. »

L’enquête intervient quelques mois après que le médiateur européen a exhorté la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à vérifier si l’ancien commissaire Günther Oettinger respecte les conditions qui lui ont été imposées lors de l’approbation de son nouveau rôle au sein d’un service de conseil en communication, qui a un groupe de l’industrie du tabac comme l’un de ses plus grands clients dans l’UE. Dans ces conditions, Oettinger ne peut pas aider la société de conseil ou ses clients, directement ou indirectement, à faire pression sur l’exécutif de l’UE.

Dans le passé, de nombreux commissaires de l’UE et même les plus hauts fonctionnaires de l’UE ont fait des progrès de carrière fulgurants et similaires. Par exemple, le président de la Commission, Jose Manuel Barroso, a  rejoint la banque d’investissement américaine Goldman Sachs, qui milite contre la réglementation financière des deux côtés de l’Atlantique. L’an dernier, le médiateur a examiné comment l’Autorité bancaire européenne (ABE) avait géré la décision de son ancien directeur exécutif, Adam Farkas, de devenir PDG d’un groupe de pression du secteur financier — et a conclu à de la « mauvaise administration ».

Dans ses recommandations, O’Reilly a déclaré que l’ABE devrait envisager d’interdire, temporairement, à ses cadres supérieurs d’occuper certains postes après leur mandat — et d’informer les demandeurs de ces conditions lorsqu’ils postulent. La commission a approuvé plus de 99 % des demandes de transfert (363 demandes) dans le secteur privé en 2019, selon une analyse effectuée par le chien de garde du lobbying Corporate Europe Observatory (CEO). Outre les cas de « pantouflage », le rapport avertit également que les fonctionnaires ont souvent reçu l’autorisation de prendre un congé temporaire sans solde et de chercher ensuite un emploi dans le secteur privé tout en gardant la porte ouverte pour retourner à la Commission européenne à l’avenir.

Traduction : Tanguy pour Le Média en 4-4-2.

Les pantoufles de la macronie

Mélange intérêts privés et publics, conflits d’intérêts (le mot corruption est has been), nous sommes bien au royaume de la macronie. A tout seigneur, tout honneur : Emmanuel Macron, inspecteur des finances ayant travaillé pour la Banque Rothschild avant d’entrer au gouvernement en 2014 et devenir Président de la République trois ans plus tard, constitue un cas emblématique de rétro-pantouflage. Ses prédécesseurs lui ont tracé le chemin. Disons qu’avec lui, c’est devenu une autoroute. Brune Poirson, secrétaire d’État à la transition écologique, part pour le groupe hôtelier Accor. Sibeth Ndiaye porte-parole du gouvernement, va pantoufler chez Adecco France, Ismaël Emelien chez LVMH, Sylvain Faure, chez Pinault Collection…

 

Entre deux règnes

Benoît Loutrel, le numéro deux de  l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, a été recruté par Google France, avant d’intégrer le CSA en 2021.

Sous François Hollande

Lui aussi a couvert la corruption (allez, soyons fous, utilisons le mot tabou  !)

Julien Pouget, conseiller économie de François Hollande, est parti travailler pour Total
Xavier Piechaczyk, conseiller transport et environnement de François Hollande, a rejoint le directoire de RTE (Réseau de transport d’électricité), où il s’occupe des réseaux clients et des territoires.
David Kessler, ancien conseiller culture et communication, est parti chez Orange studio
David Azéma, le directeur général de l’Agence des participations de l’Etat (APE), été recruté par l’une des plus grandes banques d’affaires américaines, Bank of America- Merryl Lynch.
Jean-Jacques Barbéris, conseiller pour les affaires économiques de François Hollande. À peine nommé… est recruté par une société de gestion d’actifs liée au Crédit agricole et à la Société générale.
Laurence Boone (qui n’était pas haut fonctionnaire) occupait avant lui, ce poste de conseiller économique à l’Elysée. Elle était passée par Barclays et Bank of America-Merril Lynch, avant de repartir en 2016 comme chef économiste pour Axa, puis chef économiste de l’OCDE.
Bruno Bézard, l’ancien directeur du Trésor, ex-directeur général des Finances publiques, a été recruté par un fonds d’investissement franco-chinois, Cathay Capital.
– Ramon Fernandez, son prédécesseur au Trésor, a lui, été recruté par Orange.

Au temps de Chirac

Gilles Grapinet, conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon, directeur de cabinet du ministre des Finances Thierry Breton, recruté par le Crédit agricole. 

Il était une fois Sarkozy…

Pierre Mariani était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au Budget, avant de rejoindre BNP-Paribas et de prendre la direction de la banque Dexia (qui a fait naufrage en 2011).

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