La suppression de l’ENA ? Pas pour tout de suite

10 février 2021 | Politique, Société

Macron, après la crise des Gilets Jaunes, avait envisagé de supprimer l’ENA. Finalement, jeudi 11 février, il n’annoncera qu’une réforme.

Pas question pour la haute bourgeoisie de lâcher ses privilèges et de supprimer une école de la haute fonction publique qui favorise l’entre-soi. A la place, Macron la réforme et annonce davantage de places en classe préparatoire pour les élèves boursiers issus de la classe moyenne.

Derrière l’hypocrisie caractérisée d’une apparente égalité des chances, cette annonce cache en réalité un moyen toujours plus stigmatisant pour les élèves qui ne sont pas issues de milieux bourgeois.

Car si des places s’ouvrent, les élèves qui y accéderont seront comme des poissons lâchés au milieu de requins. L’intégration à un milieu social, quel qu’il soit, demande d’en connaître les codes et d’en maîtriser le capital symbolique. En préservant l’ENA, Macron préserve la classe bourgeoise et par cet acte même, lui accorde une légitimité.
Les élèves boursiers portent la marque de leur différence par le fait même qu’ils sont boursiers et que leur proportion au sein de cette école ne s’élève qu’à 15 %. Au contraire de favoriser l’égalité, c’est un acte de discrimination.

La suppression de l’ENA aurait pu donner lieu par la suite à l’ouverture d’une école populaire où l’égalité des chances aurait été respectée. En d’autres termes une institution qui ne favoriserait pas l’élitisme mais les valeurs républicaines.

Au lieu de ça, cette modification n’est qu’un écran de fumée qui ne permettra pas d’endiguer les sélections arbitraires des élèves, et in fine d’éviter au peuple d’accéder aux fonctions de gouvernance. On est très loin du principe démocratique.

D’autant plus que cet acte s’insère dans une réforme nationale de sélection des étudiants post-bac effectuée en 2017 avec la création de l’algorithme ParcourSup.

En effet, alors que les étudiants étaient choisis seulement selon leur voeux avant 2017, ParcourSup effectue, depuis, une hiérarchisation des élèves en permettant à chaque formation d’introduire ses propres critères pour sélectionner ses candidats. Des critères scandaleux qui favorisent l’élitisme et qui, sous prétexte d’être réalisés par un algorithme, couvrent l’injustice dont les grandes écoles se rendent coupables.

En sommes, nous allons continuer à être représentés par des gens qui sont hors sol et qui gouvernent la vie des citoyens, alors qu’ils n’en connaissent pas la réalité.

Lire l’article de Yahoo.com